[Audio] Rencontre avec Anas Khalaf, co-réalisteur avec Rana Kazkaz du film Le Traducteur, ou l’importance du verbe dans l’interprétation des mots d’autrui et dans l’expression de ses propres mots

Après avoir travaillé dans l’industrie pétrolière et gazière, Anas Khalafs’est tourné vers une carrière dans le cinéma. Né en Syrie, mais élevé en France, Anas a déménagé à Los Angeles pour y travailler quelques années. Son épouse, Rana Kazkaz, a commencé sa carrière d’actrice en étudiant au Théâtre d’art de Moscou. Puis, elle s’est tournée vers l’écriture et a écrit son premier scénario Gibran, basé sur la vie de Kahlil Gibran, qui a été sélectionné pour le développement par Tribeca All Access (2005). Rana Kazkaz a étudié la réalisation et a été l’une des huit femmes sélectionnées pour participer à l’atelier de réalisation pour femmes de l’American Film Institute (2006). Le couple de réalisateurs vivait à Damas au début de la révolution syrienne mais a choisi de ne pas protester par peur des conséquences, pour finalement fuir le pays – un choix qui inspire leur premier long métrage, Le Traducteur.
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Cannes 2021 : Little Palestine – Diary of a Siege – Le journal filmé par Abdallah Al-Khatib du siège brutal imposé par le régime syrien au camp de réfugiés palestinien de Yarmouk

Abdallah Al-Khatib est étudiant en sociologie à l’Université de Damas quand la révolte explose dans les rues syriennes. À ce moment-là, il n’a aucune espèce d’expérience filmique que celle que tout le monde a de nos jours avec les nouvelles technologies. Il travaillait pour l’UNWRA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) et du jour au lendemain, les rôles sociaux établis se sont transformés dans l’urgence de cette révolte politique. Al-Khatib explique comment il est arrivé à filmer ce journal qui suit le destin des civils pendant le siège :
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FIFDH 2021 : le film d’Alina Gorlova, This Rain Will Never Stop, invite les spectateurs à un éprouvant périple entre guerre et paix

Le film plonge les spectateurs dans une atmosphère anxiogène dès la séquence d’ouverture qui agresse les yeux, faisant se succéder des photographies en noir et blanc colorisées qui défilent tels des éclairs. Puis la caméra d’Alina Gorlova balaie un paysage désolé.
Chapitre zéro : un village où il n’y pas âme qui vive. La caméra se rapproche d’une silhouette : un homme sexagénaire, assis sur les marches qui mènent à sa maison, s’allume une cigarette, caressant un chaton : « Tu vois, chaton ! On a survécu à cette journée. Tu survivras au Nouvel An ! » Au loin retentissent des aboiements. On comprend que ce village se trouve dans une région en guerre… La Crimée certainement vu que le vieil homme s’exprime en ukrainien. Puis la caméra d’Alina Gorlova entraîne les spectateurs dans un périple poignant et visuellement hypnotique à travers le cycle perpétuel de guerre et de paix, un cycle que l’humanité traverse depuis des millénaires.
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Locarno 2019 : Fi Al-Thawra (During Revolution), de Maya Khoury, plonge les spectateurs au coeur de la révolution syrienne, vue et filmée par les Syriens, présenté en première mondiale dans la section concours international

Maya Khoury a travaillé pendant plusieurs années avec ses compagnons du collectif Abounaddara, de manière anonyme, afin de préserver leurs familles. Par le biais de son journal, accessible sur les ordinateurs et les téléphones portables de leurs compatriotes, le collectif  a donné des informations de première main, filmée par le collectif ou par des Syriens avec leurs téléphones portables, afin d’informer les Syriens de la réalité du pays, une vision beaucoup plus véridique que celle que les médias occidentaux entretiennent.
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Rencontre avec Gaya Jiji, réalisatrice syrienne à l’occasion de l’avant-première de son film, Mon tissu préféré, au Cinélux, à Genève

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Pour écrire le scénario de son  premier long métrage, Mon tissu préféré, Gaya Jiji s’inspire de diverses femmes qui l’entourent : des femmes soumises au poids de la tradition et dociles face au diktat masculin, à l’instar de Myriam, la petite soeur dans le film; des femmes qui endossent leur rôle et ne manifestent aucune émotion tout au long de leur vie, qui ne pleurent jamais, comme la mère de famille du long métrage, une mère fortement inspirée par celle de Gaya Jiji; des femmes qui se rebellent et revendiquent le droit à la liberté, à choisir leur mode de vie, comme la tenancière de maison de close dans le film, Madame Jiji.
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GIFF 2018 – Rencontre avec Eva Husson qui présente « Les filles du soleil » dans une version remontée

Les filles du soleil, présenté au dernier Festival de Cannes (voir ici notre critique), avait suscité une avalanche de critiques, en particulier de la presse française qui est un redoutable baromètre pour la suite de la vie ou de la survie d’un film.
Souvent, la critique ayant d’autres critères pour apprécier et pour juger un film, leur opinion diffère diamétralement de celle du public qui a accordé une ovation de dix-sept minutes à l’équipe du film lors de la première dans l’immense Théâtre Lumière.
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La 6e édition du Festival international du film de Duhok au Kurdistan d’Irak (20-27 octobre 2018)

Il est des endroits où, spontanément, on s’étonne qu’une telle manifestation ait ses quartiers, et ceci depuis déjà 6 ans ! La région est certes autonome mais politiquement peu stable comme le montre l’échec il y a un an du référendum pour l’indépendance – qui a engendré de graves problèmes économiques pour les 3 provinces du Kurdistan autonome – et la récente campagne électorale pour les législatives du parlement du Gouvernorat. Cette région est connue, hors des frontières irakiennes, principalement pour sa force de sécurité, les Peshmergas, qui combattent l’État islamique autoproclamé avec succès et recrutent des milices autonomes, également composées de femmes, des minorités religieuses des Yézidis ou chrétienne de Qaraqosh.
Comme nous pouvons le constater partout et tous les jours, en « Occident » y compris, les premiers espaces attaqués par les idéologies dogmatiques sont ceux de l’expression et de la communication, dont la culture et le journalisme sont les fers de lance. Il est donc réjouissant de savoir qu’un festival reconnu à l’international s’est installé dans cet espace, interroge nos réactions spontanées, se désenclave et se positionne sur la carte du monde en nous ouvrant les portes d’une région tourmentée depuis des siècles, à cheval sur quatre pays – l’Irak, l’Iran, la Syrie et la Turquie.
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Avignon OFF 2018: Mirad, un garçon de Bosnie, du dramaturge hollandais Ad de Bont – Rencontre avec le metteur en scène Christophe Laluque

Écrite durant la dernière guerre balkanique, au début des années 1990, la pièce a été montré une vingtaine de fois aux Pays Bas, en Allemagne et même à Oxford ou le très célèbre comédien britannique oscarisé Jeremy Irons a interprété le rôle d’oncle Djuka, un journaliste bosnien, exilé en France. Par la suite l’acteur a réalisé le téléfilm du même titre.

Après Grégoire Ingold, Sarah Maton, Stanislas Nordey, Gilles Lefeuvre et de nombreux autres metteurs en scène, Christophe Laluque directeur de L’Amin, le théâtre de Grigny (Essonne), a monté le drame du Néerlandais Ad de Bont Mirad un garçon de Bosnie au théâtre parisien Dunois au début du mois, en attendant l’avant-première avignonaise qui aura lieu le 19 juin au Théâtre Artéphile.

Traduit en plusieurs langues, le drame a été publié en France aux Éditions de l’Arche.
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Mirad, un garçon de Bosnie sera présenté au théâtre Artéphile, situé au 7, rue du Bourg Neuf, du 6 au 29 juillet, tous les jours à 14h05, interprété par Serge Gaborieau (oncle Djuka), Chantal Lavalée (tante Fazila), Robin Francier (Mirad) et Céline Liger (sa mère Vérica).

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Cannes 2018 le second long métrage d’Eva Husson, « Les filles du soleil », se penche sur la situation des femmes kurdes, victimes de la guerre en Syrie mais, malgré un excellent sujet, la cinéaste manque sa cible

Le film, présenté en compétition au Festival de Cannes 2018, a reçu les huées des journalistes à l’issue de la projection de presse hier soir. Un journaliste hispanophone a hurlé : « Que vergüenza ! Qjé pelicula imoral ! » (Quelle honte ! Quel film immoral ! ), des exclamations reprises en chœur par plusieurs journalistes hilares.

En 2015, l’actrice était passée derrière la caméra pour réaliser son premier long métrage, Bang Gang (Une Histoire d’Amour moderne) . Les filles du soleil, son deuxième long métrage, entraine les spectateurs en Syrie, précisément au Kurdistan syrien, en plein affront entre les djihadistes de Daesh, l’armée de Bachar-el-assad et les mouvements de libération du Kurdistan.
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Cannes 2018 : « Mon tissu préféré », premier long métrage de Gaya Jiji, sème le trouble entre amours fantasmées et réalité politique de la Syrie à la veille de la guerre

Damas, mars 2011. Nahla est une jeune femme célibataire qui mène une vie morne dans une banlieue de la capitale syrienne, aux côtés de sa mère, dépressive depuis que son mari l’a quittée, et ses deux sœurs, Myriam et Line. Elle passe ses journées comme vendeuse dans une échoppe d’habits où sa collègue et amie la pousse à se marier pour partir à l’étranger. Le jour où on lui présente Samir, un expatrié Syrien en provenance des États-Unis à la recherche d’une épouse, « du pays », elle rêve d’une vie meilleure. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Contre toute attente, il décide de se marier à sa cadette, Myriam.
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