FIFDH 2021 – Rouge un film qui nous entraîne au cœur d’un scandale environnemental

Mettons tout de suite les points sur les i : ce film est une fiction basée sur des faits réels qui ont lieu dans les années nonante et, en élargissant un peu le spectre, on peut quasiment être sûrs que quelque part sur cette terre malmenée, il doit s’approcher du 1 :1 de la réalité.

Nour (Zita Hanrot) vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père Slimane (Sami Bouajila), délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste (Céline Sallette) mène l’enquête sur la gestion des déchets par l’usine. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Le tissu socio-économique de la région rend les acteurs locaux de surveillance ainsi que le personnel politique peu enclins à être regardant sur les rejets polluants, la corruption rémanente, le greenwashing, l’état de santé des ouvriers et ouvrières – les dossiers médicaux sont allègrement trafiqués ou simplement pas pris en compte –, les accidents du travail non-déclarés et les responsabilités totalement diluées dans un maelstrom de différents intervenants et sous-traitants qui protège la hiérarchie locale (le chef de l’usine est interprété par un Olivier Gourmet parfait, comme toujours, dans un rôle à la fois bonhomme et inquiétant) et internationale. Prise en étau entre sa famille, ses voisins, ses amis – tout le monde travaille ou a quelqu’un qui travaille à l’usine – Nour doit choisir entre se taire ou faire éclater la vérité, au risque d’être rejetée par tout le monde, principalement son père dont elle est très proche. Le chantage affectif dans cet environnement fait feu de tous bois !

Zita Hanrot et Sami Bouajila – Rouge de Farid Bentoumi
Image courtoisie FIFDH

Mine de rien, Farid Bentoumi inclus un autre élément social qui participe de la même logique de rentabilité que celui de l’usine : l’état délétère des hôpitaux qui voient leurs lits et leur personnel se réduire pour répondre à des logiques économiques plutôt que sanitaires.  En effet, Nour entre à l’usine car elle a démissionné de son poste d’infirmière après avoir été accusée par une famille d’avoir laissé sa patiente dans un couloir des urgences alors que son état se dégradait. Pour ne pas être dans l’angélisme, Bentoumi tacle l’exploitation des lanceurs d’alerte par les médias qui, même dans le meilleur des cas et de la bonne volonté, ne peuvent pas grand-chose pour celles et ceux qui se sont exposés, sans parler de ceux qui abandonnent purement et simplement leurs informateurs, comme on peut le voir avec Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, dont les révélations ont noirci de longues et nombreuses pages de journaux, avant que les plus grands d’entre eux se distancient de lui depuis 2012 et ses problèmes judiciaires en Suède et en Grande-Bretagne.

Le chien ne mord pas la main qui le nourrit

Ce qui choque le plus Nour dans cette enquête à laquelle elle participe avec la journaliste c’est qu’en déroulant la pelote, elle découvre non seulement les mensonges institutionnalisés, mais aussi les compromis des politiques à des fins électoralistes là où on ne l’attend pas, au niveau des écologistes eux-mêmes !, le vote ouvrier étant par ailleurs disputé à la gauche par l’extrême-droite qui s’implante de plus en plus profondément dans cette classe sociale. Elle se rend compte que tout le monde sait ce qu’il se passe, pire, que son père est partie prenante très active dans ce système. Le drame est que les gens savent dans leur globalité mais ne veulent pas savoir les concernant personnellement, c’est pourquoi, pour certain.es, il n’y a même pas besoin de maquillé les dossiers médicaux, ils et elles ne se rendent tout simplement jamais à la visite de la médecine du travail pourtant obligatoire. Le médecin du travail lui aussi se défausse : Après tout, si on ne sait pas on n’est pas responsable. Résultat, les cols blancs s’en mettent plein les poches, les ouvriers se tuent littéralement au travail et les employés intermédiaires brûlent leurs âmes dans le feu de leurs responsabilités envers la main qui les nourrit et ceux qui produisent cette nourriture.

Rouge est un film très classique, qui parfois s’essouffle dans les attendus de ses rebondissements, mais ce n’est absolument pas rédhibitoire, la réalité environnementale dans laquelle la planète est engluée est, elle aussi, tout à fait prévisible, tout comme les collusions d’intérêts politico-industriels et le pouvoir résultant qui ne sont pas près d’être jugulés…

De Farid Bentoumi; avec Zita Hanrot, Sami Bouajila, Céline Sallette, Olivier Gourmet, Henri-Noël Tabary; 2020; France, Belgique; 88 minutes.

Le film, présenté en compétition à la 19e édition du Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH) du 5 au 14 mars, fait partie des cinquante-six films labellisés Sélection Officielle Cannes 2020. Il sortira, si le coronavirus le veut bien, au printemps dans les salles suisses romandes.

Malik Berkati

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