Les deux Alfred, de Bruno Podalydès, croque avec justesse les dérives d’une société de plus en plus déshumanisée

Bruno Podalydès revient sur les écrans avec un comédie à la fois drôle mais aussi subtilement critique sur les dérives de notre société contemporaine ultra-connectée et de plus en plus déshumanisée. Le titre Les deux Alfred fait référence aux deux inséparables singes en peluche des enfants du protagoniste et qui servent de fil conducteur à cette satire du monde du travail et de la société hyper-connectée. Depuis son premier film Versailles Rive-Gauche (1992), un moyen métrage très remarqué qui a remporte le Prix du Public et une mention du Jury au Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand, Bruno Podalydès enchante les spectatrices et les spectateurs avec ses films au ton savoureux, décalé et cocasse. Voilà bientôt trois décennies que son cinéma d’auteur a fidélisé son public qu’il avait amusé en 2018 avec Bécassine, hymne à la bonté et au bon sens populaire à travers la figure de la fille de ferme, issue de l’imagination de l’illustrateur Joseph Pinchin.
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Ammonite, le second long métrage de Francis Lee, propose un drame romancé fait d’amour et de fossiles dans l’Angleterre victorienne

1840 : Mary Anning (Kate Winslet) fut une paléontologue renommée mais vit aujourd’hui modestement avec sa mère, Molly (Gemma Jones) sur la côte à Lyme, dans le Dorset, sur les côtes à la nature sauvage du sud de l’Angleterre. Mary a fait de grandes découvertes comme celle du squelette d’un plésiosaure qui lui valut une renommée mondiale, exposé au British Museum, mais cette gloire appartient désormais à son passé. Par tous les temps, Mary glane des ammonites sur la plage et les vend à des touristes fortunés. L’un d’eux, Roderick Murchison (James McArdle), en partance pour un voyage d’affaires, lui demande de prendre en pension son épouse convalescente, Charlotte Murchison (Saoirse Ronan). C’est le début d’une histoire d’amour passionnée qui défiera toutes les barrières sociales et changera leurs vies à jamais.
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Des Hommes, de Lucas Belvaux, ou l’inénarrable et l’indicible de la Guerre d’Algérie relaté par le truchement du vécu des appelés

Ces hommes ont été appelés en Algérie lors des « événements » en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut (Jean-Pierre Darroussin), Février et d’autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais, parfois, il suffit de presque rien, d’une journée d’anniversaire, d’un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.  Lors du soixantième anniversaire de sa sœur Solange (Catherine Frot), Bernard, surnommé Feu-de-Bois (Gérad Depardieu), un ancien combattant de la guerre d’Algérie, a une altercation raciste avec un des invités qui fait resurgir son passé traumatique.
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Josep, d’Aurel, qui rend hommage au dessinateur Josep Bartolí, réfugié républicain en France, résonne avec le drame actuel des migrants

Février 1939 : submergé par le flot de Républicains fuyant la dictature franquiste, le gouvernement français les parque dans des camps dans e sud de la France, au pied des Pyrénées. Deux hommes séparés par les barbelés vont se lier d’amitié : l’un est gendarme, l’autre est dessinateur. De Barcelone à New York, l’histoire vraie de Josep Bartolí, combattant anti-franquiste et artiste d’exception. À travers le film d’animation Josep, Aurel rend non seulement hommage à Josep Bartoli, célèbre dessinateur et homme politique catalan qui a fondé le syndicat des dessinateurs puis qui devient le commissaire du POUM (Partit Obrer d’Unificación Marxista, abrégé en POUM; Parti ouvrier d’unification marxiste en français; N.D.L.R.) durant la Guerre civile espagnole mais aussi à tous les républicains, victimes du franquisme.
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Garçon Chiffon, premier long-métrage de Nicolas Maury propose un autoportrait de son ego, de son moi et de son surmoi

Faisant partie de la Sélection Officielle Cannes 2020, Garçon Chiffon nous livre le journal intime d’un comédien d’une trentaine d’années – plus proche de la quarantaine que de la trentaine – qui peine à décrocher des rôles à la mesure de son talent. Pire, son couple bat de l’aile à cause de sa fragilité émotionnelle – peut-être mentale – manifeste et de sa jalousie maladive, voire viscérale à l’égard de celui qu’il appelle « son mari » et qu’il surveille même sur son lieu de travail en pleine intervention médicale. Le bilan de sa vie est dramatique mais il peut fort heureusement compter sur l’amour infaillible sa maman, Bernadette (Nathalie Baye, qui, depuis Les gardiennes de Xavier Beauvois, semble se plaire à la campagne), qui garde toujours les portes grand ouverts pour accueillir son chérubin qu’elle appelle tendrement « mon chiffon ». Devant l’impasse que Jérémie vit, il décide de retourner sur la terre qui l’a vu naître et grandir pour un retour aux sources salutaire auprès de l’affection de sa maman.
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Druk (Drunk ; Another Round) de Thomas Vinterberg – Une ode à la vie !

Prix du cinéma européen du meilleur film, BAFTA du meilleur film étranger, Oscar du meilleur film international, César du meilleur film étranger, le dernier film du cinéaste danois Thomas Vinterberg labellisé Sélection officielle 2020 a séduit les professionnels comme les spectateurs qui ont eu la chance de le voir avant les fermetures des cinémas dans le monde pour cause de pandémie. À présent que les mesures s’assouplissent un peu partout, le film sort ou ressort… et il serait dommage de ne pas en profiter sur grand écran, ne serait-ce que pour la scène finale qui nous plonge dans un tourbillon d’émotions cathartiques, dessine sur tous les visages masqués un sourire éclatant et nous fait regretter de devoir quitter nos sièges !
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FIFDH 2021 : Si le Vent Tombe (Should the Wind Drop) de la cinéaste arménienne Nora Martirosyan – Comme une prémonition du réel dans le Haut-Karabagh qui rattrape la fiction

Ce qui frappe immédiatement aux premières images de Si le Vent Tombe, c’est les accents dramatiques et annonciateurs (le film a été tourné en 2020) de la seconde guerre du Haut-Karabagh qui a mis à feu et à sang la région entre le 27 septembre et le 10 novembre 2020. Cette intrusion de la réalité dans l’esprit en visionnant ce film lui donne une dimension bien plus grande que la seule curiosité cinématographique et thématique. Malheureusement, ce que nous voyons sur l’écran est déjà du passé, l’accord de cessez-le-feu actant la rétrocession de nombreux territoires à l’Azerbaïdjan rendant encore plus compliquées la cohésion et le lien entre d’une part l’Arménie et d’autre part le reste du monde.
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FIFDH 2021 – Rouge un film qui nous entraîne au cœur d’un scandale environnemental

Mettons tout de suite les points sur les i : ce film est une fiction basée sur des faits réels qui ont lieu dans les années nonante et, en élargissant un peu le spectre, on peut quasiment être sûrs que quelque part sur cette terre malmenée, il doit s’approcher du 1 :1 de la réalité.
Nour (Zita Hanrot) vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père Slimane (Sami Bouajila), délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste (Céline Sallette) mène l’enquête sur la gestion des déchets par l’usine. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Le tissu socio-économique de la région rend les acteurs locaux de surveillance ainsi que le personnel politique peu enclins à être regardant sur les rejets polluants, la corruption rémanente, le greenwashing, l’état de santé des ouvriers et ouvrières – les dossiers médicaux sont allègrement trafiqués ou simplement pas pris en compte –, les accidents du travail non-déclarés et les responsabilités totalement diluées dans un maelstrom de différents intervenants et sous-traitants qui protège la hiérarchie locale (le chef de l’usine est interprété par un Olivier Gourmet parfait, comme toujours, dans un rôle à la fois bonhomme et inquiétant) et internationale. (…)

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ADN, le dernier film de Maïwenn, interroge notre rapport à la continuité identitaire

ADN a été présenté en Première suisse au Zurich Film Festival 2020,  où sa réalisatrice Maïwenn a reçu un Œil d’or d’honneur et a eu droit à une rétrospective. Le film fait partie du Label Sélection Officielle Cannes 2020.
Mère seule de trois enfants, Neige (Maïwenn) rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien (Omar Marwan) qui vit en maison de retraite et a élevé son cousin Kevin (Dylan Robert, découvert en 2018 pour son rôle de Zach dans le film Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin pour lequel il a reçu le César du meilleur espoir masculin). Comme Kevin, elle adore et admire ce pilier de la famille. Un jour, subitement, il meurt avec Kevin à ses côtés. Quand sa famille nombreuse s’apprête organiser les funérailles, des fissures et de nombreuses anciennes rancœurs surgissent. Neige décide alors de partir à la cherche de ses racines et de son pays d’’origine : l’Algérie.
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Peninsula de Yeon Sang-ho : chevauchée frénétique d’une armada de zombies, une poignée de vivants et d’une cohorte de véhicules indestructibles !

Après Seoul Station (2016), film d’animation qui servira de préquelle à l’ovni du box office mondial 2016-2017, Train to Busan, Yeon Sang-ho continue à surfer sur la vague de son succès et propose avec Peninsula une suite à ces aventures zombiesques sud-coréenne, même si le réalisateur précise que ce n’est pas une suite au sens strict du terme car « il n’y a pas une continuité dans l’histoire, mais pour autant cela se passe dans le même univers ». Pas besoin donc d’avoir vu les deux films précédents – mais cela serait dommage, car ils portent une fraîcheur et un souffle qui commence lentement à se prosaïser dans ce nouvel opus – pour comprendre la trame de Peninsula.
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