19e édition du Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH) du 5 au 14 mars : « rendre compte d’un monde bouillonnant en pleine mutation »

C’est ainsi que définit la directrice générale des programmes du festival, Isabelle Gattiker,  cette édition si particulière, coincée dans les affres de la pandémie de coronavirus.

Premier festival de cinéma suisse à avoir basculé l’année passée en format numérique –  en un temps record, précisons-le puisque directement après les premières mesures sanitaires édictées par la Confédération. Cette année, rebelote, mais cette fois-ci avec une expertise et du temps pour la préparation de cette édition et une envie d’expérimenter de nouvelles formes d’approches du public. Ainsi, à côté des traditionnelles projections, discussions, débats, le festival a cherché de nouvelles manières d’interagir avec son public en lui proposant bien entendu de participer en ligne en commentant et/ou posant des questions après les séances, mais aussi, au niveau local, de donner la parole aux Genevois lors d’une émission radio quotidienne diffusée par Radio Vostok et des œuvres militantes géantes dans la Cité.

Isabelle Gattiker, directrice générale des programmes explique :

Notre programme est ambitieux. Cette année ce n’est pas le public qui vient rendre visite au FIFDH, mais le FIFDH qui va rendre visite au public dans le monde entier.
Le 6 mars, nous allons déployer sur la plaine de Plainpalais une immense banderole avec des photos et des messages de personnes du monde entier qui formeront un œil, intitulée We Are Watching – c’est la société civile qui regarde le monde. Nous organisons également une traversée au long court intitulée De Kinshasa à Genève, les femmes à la conquête de l’espace public : durant  une  année,  nous  allons  cheminer sur ce fil rouge, faire écho aux grands rendez-vous féministes qui rythment l’année en proposant des contenus   multimédias qui seront disponibles sur le site du FIFDH. Notre itinéraire culminera en 2022 lors de la vingtième édition du festival avec un état des lieux passionnant. Le voyage débute à Genève avec une fresque murale réalisée par trois artistes, une Sénégalaise et deux Genevoises.

Le programme des films est de grande qualité avec parmi les 31 films sélectionnés quelques grands nom du cinéma engagé comme Gianfranco Rosi, Milo Rau ou l’artiste-plasticien Ai Weiwei, tout comme les invités des débats avec, pour n’en citer que quelque-un.es, Angela Davis, Erik Orsena, Alain Berset, Arundhati Roy, Ai Weiwei, Dominique Bourg, Olga Kovalkova, Santiago Amigorena.

Quelques grands événements

Les deux masterclass exceptionnelles, l’une le 3 mars en français avec le metteur en scène suisse Milo Rau et co-présentée par l’ECAL ; et l’autre (le 6 mars) en anglais avec traduction simultanée en français du cinéaste ukrainien Oleg Sentsov, par ailleurs président du jury pour les films documentaires de cette édition 2021, co-présenté avec la HEAD – Genève et International Coalition for Filmmakers at Risk (ICFR).

Rencontre avec l’écrivain français d’anticipation politique Alain Damasio (en français avec une traduction simultanée en anglais) le 6 mars, suivie le 7 mars d’un concert de rock-fiction en direct depuis le Festival Numerik Games à Yverdon-les-Bains en live stream, avec pour l’accompagner Yan Péchin, guitariste d’Alain Bashung.

Un débat concernant la situation en Belarus, co-présenté avec le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), Amnesty International Suisse, la Délégation de l’Union européenne auprès de l’ONU et des autres organisations internationales à Genève, et le Right Livelihood, avec la représentante de l’opposition en exil, Olga Kovalkova, le militant des droits humains Ales Bialiatski,  emprisonné durant près de trois ans pour son  opposition  à Alexandre Loukachenko, et l’écrivain Sasha Filipenk. Le débat se déroule en russe avec une interprétation simultanée en français et en anglais.

Le 10 mars, rencontre avec l’icône des luttes féministes et de l’antiracisme, Angela Davis, qui n’a cessé de dénoncer le racisme structurel, de militer pour l’abolition de la peine de mort, la réforme du système carcéral étasunien  et les droits des minorités parlera de son demi-siècle de combats tout en le mettant en perspective avec ceux de la nouvelle génération des Black Live Matter. La rencontre se déroulera en présence du maire de Genève Sami Kanaan et présentée par la cantatrice et ambassadrice du HCR Barbara Hendricks.

— Angela Davis
Image courtoisie FIFDH

Tous les débats et les rencontres sont visibles en direct et du monde entier sur le site du festival, ses chaînes Facebook et Youtube, gratuitement. Les séances de films ne sont accessibles que pour la Suisse sur la plateforme Festival Scope. Chaque place de film peut être achetée à l’unité, mais il existe aussi un pass pour 50 francs qui donne l’accès aux 29 films visibles en compétition (il y en 31 qui concourent, mais 2 ne sont visibles pour le grand public). La billetterie est déjà ouverte sur le site du festival. Nouveauté de cette année, les spectateurs décerneront un des prix les plus convoités dans les festivals de cinéma, le Prix du public !

Le festival, ce sont aussi de nombreux projets pédagogiques ainsi qu’une participation des communes genevoises qui ancrent le festival dans le canton. Cette année ne fait pas exception : les communes genevoises qui offrent traditionnellement des places de cinéma pour le FIFDH à leurs habitants, le feront également cette année pour les projections en ligne. Le festival, quant à lui, dans un souci d’inclusion et de solidarité, offrira aux bénéficiaires des colis du cœur, au personnel soignant ainsi qu’aux hospitalisés aux HUG une place gratuite. Le programme pédagogique se déroule également en ligne avec des séquences vidéo à voir dans les classes ; à la surprise des responsables du festival, une hausse du nombre de classes inscrites par rapport à l’année passée a été constatée.

https://fifdh.org

Dans les prochains jours, retrouvez nos critiques des films suivants :

Si le vent tombe de Nora Martirosyan (MaB)
This Rain Will Never Stop de Alina Gorlova (FeP)
Coronation d’Ai Weiwei (MaB)
Ghosts d’Azra Deniz Okyay (FeP)
Rouge de Farid Bentoumi (MaB)
Hers Mothers d’Asia Dér et Sári Haragonics (FeP)
Le Nouvel Évangile de Milo Rau (MaB)
Silence Radio de Juliana Fanjul (FeP)
Shadow Game De Eefje Blankevoort & Els Van Driel (MaB)
Les racines du monde de Byambasuren Davaa (FeP)

Le Festival du film et forum international sur les droits humains de Genève (FIFDH) est l’événement international le plus important consacré au cinéma et aux droits humains. Sa 19e édition se déroulera du 5 au 14 mars et réunira les voix de cinéastes, activistes, artistes, journalistes, expert.es et diplomates pour confronter leurs points de vue avec le grand public.
La 19e édition du FIFDH est dédiée à Soltan Achilova, photojournaliste et reporter indépendante  basée  à Achgabat, capitale du Turkménistan.

Malik Berkati

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