Le septième art en deuil : disparition de Bertrand Tavernier, un immense cinéaste et un cinéphile inconditionnel

Le monde du septième art est ébranlé par la triste nouvelle à l’annonce de la disparition de Bertrand Tavernier et salue tant le cinéaste humaniste, et engagé, le cinéphile érudit et l’homme, qui dénonçait farouchement les injustices. L’Institut Lumière à Lyon, dont Bertrand Tavernier était le président, a annoncé la disparition de Bertrand Tavernier ce jeudi 25 mars 2021, s’associant à la peine de ses proches dont son fils Nils, acteur et cinéaste, et sa fille Tiffany, romancière, scénariste et assistante réalisatrice. Le cinéaste, scénariste, dialoguiste, producteur et écrivain s’est éteint à Sainte-Maxime, dans le Var à l’âge de septante-neuf ans, un mois jour pour jour avant son quatre-vingtième anniversaire.
Cinéphile dès l’enfance
Atteint très jeune dans sa santé (tuberculose), Bertrand Tavernier était emmené au cinéma par ses parents dans sa ville natale, Lyon, et avait volontiers que le septième art lui servait de « béquille » pour supporter la maladie.  Ce feu sacré ne l’a jamais plus quitté et cet immense cinéphile avait créé dans ses jeunes années le ciné-club Nickelodéon, avant de devenir attaché de presse, assistant de Jean-Pierre Melville, puis lui-même réalisateur.
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Cérémonie des Prix du cinéma suisse 2021 – Édition en ligne et films à la demande à voir jusqu’au 28 mars (gratuitement les 27 et 28 mars pour les vainqueurs)

Que les cinéphiles d’Helvétie se réjouissent ! Si les salles de cinéma demeurent fermées pour l’instant pour les spectatrices et les spectateurs, le septième art vient à elles et à eux par le biais de la Cérémonie des Quartz ! La cérémonie de remise du Prix du cinéma suisse se tiendra le vendredi 26 mars 2021 à 19h00. Cet événement, très apprécié par les professionnels, par la presse comme le public suisse, sera diffusé en live-stream sur le site : www.quartz.ch
Semaine des nominés
La Semaine des nominés, organisée par l’Association « Quartz » Genève Zürich, aura lieu cette année du lundi 22 au dimanche 28 mars. Les films nominés pourront être vus en ligne du lundi 22 au vendredi 26 mars sur les sites des cinémas partenaires que sont Les cinémas du Grütli de Genève ainsi que le Filmpodium de Zurich dont voici les sites : www.cinemas-du-grutli.ch , www.filmpodium.ch

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La Fondation Beyeler montre à nouveau son génie muséographique avec l’exposition «Rodin / Arp» jusqu’au 16 mai 2021

Alors que le Conseil fédéral vient de doucher tous les espoirs des milieux culturels d’une prochaine réouverture des lieux dédiés, il n’a pas annoncé de refermeture du seul espace qui permette à l’esprit de respirer et d’assouvir ses pulsions de découvertes, le musée. Parmi ceux qui avaient dû fermer, à l’annonce du second semi-confinement, juste après avoir inauguré une nouvelle exposition, la Fondation Beyeler de Bâle (Riehen) avec sa proposition émulatrice de juxtaposition des deux grands sculpteurs – August Rodin et Jean Arp.
Sculpteurs en dialogue
C’est la première fois qu’une exposition muséale fait dialoguer Auguste Rodin (1840–1917) et Hans Peter Wilhelm Arp (1886–1966), mettant face à face l’œuvre pionnière du grand réformateur de la sculpture du 19e  siècle finissant et l’œuvre influente d’un des protagonistes majeurs de la sculpture abstraite du 20e  siècle. Leurs créations illustrent de manière exemplaire des aspects fondamentaux du développement de la sculpture moderne. Rodin a ainsi introduit des idées et des possibilités artistiques radicalement nouvelles dont Arp s’est saisi plus tard dans ses formes biomorphes, les faisant évoluer, les réinterprétant ou les contrastant. Il n’est à ce jour pas certain que Rodin et Arp se soient jamais rencontrés personnellement, mais leurs œuvres présentent des liens de parenté artistique et de références communes, tout comme des différences, qui font de la confrontation de leurs créations singulières une expérience visuelle particulièrement éloquente.

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La plateforme de streaming suisse Filmingo rend hommage à l’acteur suisse décédé en 2019, Bruno Ganz, qui aurait fêté ses 80 ans le 22 mars de cette année

Acteur de théâtre et de cinéma mondialement connu, Bruno Ganz nous quittait, dans un dernier clin d’œil plein de poésie, le dernier jour de la Berlinale 2019 inondé de soleil après plusieurs jours de grisaille, enrobant dans un écrin glacé et sec, mais lumineux à faire jaillir les larmes et les doux sourire de la nostalgie, la Potsdamer Platz, cœur battant du festival mais également lieu mythique sur lequel les deux anges des Ailes du désir (Der Himmel über Berlin) veillaient : Bruno Ganz, l’ange Damiel, et Otto Sander, l’ange Cassiel, qui nous avait quittée en 2013. Bruno Ganz était chez lui sur la Potsdamer Platz et à la Berlinale, maintes fois invité, car le grand acteur qu’il était, n’hésitait pas à se frotter à tous les genres du cinéma et à nombre de projets allant de films grand public à du cinéma plus âpre et confidentiel. Célébré dans l’espace germanophone au théâtre, Bruno Ganz avait au cinéma une aura mondiale et le cinéma international ne s’est pas privé de le faire jouer, de grands rôles comme des rôles secondaires qui donnaient l’assurance aux cinéastes d’une incarnation de leurs personnages donnant de l’épaisseur au film dans sa globalité.
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Berlinale 2021 – Compétition : Ghasideyeh gave sefid (Ballad of a White Cow) de Behtash Sanaeeha et Maryam Moghaddam; une veuve dans une société corsetée et face à l’appareil d’État

La vie de Mina (Maryam Moghaddam) est bouleversée lorsqu’elle apprend que son mari Babak a été accusé à tort du crime pour lequel il a été exécuté. La bureaucratie s’excuse pour l’erreur judiciaire et propose une compensation financière  – le prix d’un homme adulte –, l’argent du sang pour se racheter de cette erreur. Comme souvent dans les films iraniens que nous voyons dans les festivals – pour reprendre la vision de Mani Haghighi – il s’agit d’un combat entre les individus et l’appareil d’État, le pot de terre contre le pot de fer. Par amour-propre, pour que justice soit rendue et pour le bien de sa fille sourde, Mina se lance dans ce combat et se heurte bien entendu  au système empreint de cynisme. Alors que l’argent commence à manquer, un étranger nommé Reza (Alireza Sanifar) se présente. Il prétend avoir une dette envers Babak qu’il veut maintenant régler. La première réaction de Mina est la méfiance, mais elle finit par laisser entrer Reza dans sa vie. Elle est loin de se douter qu’un secret les lie tous les deux.
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César 2021: les grands vainqueurs de la cérémonie

Adieu les Cons, la comédie dramatique d’Albert Dupontel, qui évite systématiquement cette fête, fut nommée pour la plus haute récompense du cinéma français César, 12 fois et remporte sept statuettes dorées : Meilleur film, Meilleure réalisation, scénario original, photographie, décors. Nicolas Marié obtient le César pour le meilleur comédien dans un second rôle. Son septième film, long de 87 minutes, sorti en salles en octobre dernier, a aussi séduit des jeunes qui lui ont attribué le César des lycéens.
Organisée à l’Olympia le 12 mars, la cérémonie a été suivie par 1,6 million de téléspectateurs. Ils ont vite appris que Laure Calamy a obtenu la récompense de meilleure actrice pour son rôle dans Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal. Sami Bouajila, le protagoniste principal du film Un fils a été proclamé meilleur acteur. Très sobre et élégant il a commenté son deuxième César :
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Berlinale 2021 – Berlinale Special : Courage du Biélorusse Aliaksei Paluyan nous entraîne dans le cœur battant de la résistance pacifique – Entretien avec le cinéaste

Le documentaire d’Aliaksei Paluyan s’ouvre sur des images de manifestations réprimées violement, il semble qu’il y a des morts et disparus. On se dit, tiens, les images semblent un peu passées de couleurs, les gens n’ont pas tout à fait l’allure de ceux d’aujourd’hui et puis tout à coup apparaît à  l’écran Loukachenko jeune ! Et on réalise que ces images n’appartiennent pas à la collection de celles que l’on voit dans nos journaux télévisés depuis août 2020 avec l’élection truquée qui vaut au pays d’immenses manifestations violemment réprimées depuis lors ainsi que le départ en exil des principales figures de l’opposition qui n’ont pas encore été arrêtées, mais fait partie de l’iconographie socio-politique de la Biélorussie depuis l’arrivée de son président-dictateur en 1996 !
Le décor est planté : la résistance à l’oppression ne date de l’été passé mais dure depuis 25 ans et nous allons suivre les manifestations récentes dans le sillage de Maryna Yakubovich, Pavel Haradnizky et Denis Tarasenka qui, il y a quinze ans, frustrés par le régime autoritaire, ont quitté le théâtre d’État de Minsk pour se produire dans le tout nouveau Théâtre libre du Belarus, avec la désobéissance civile comme impératif moral. Parallèlement aux manifestations, Aliaksei Paluyan nous fait entrer dans l’univers fascinant des répétitions – avec un metteur en scène en exil, Nokola Kalezine, qui les dirige à travers Skype –  et des représentations de la pièce jouée actuellement sur les femmes et la prison dans le Belarus contemporain, ainsi que des incises dans la vie privée des actrices et acteurs, témoignages précieux de leurs idéaux, mais aussi de leurs doutes et de leurs interrogations légitimes sur la limite qu’ils et elles doivent poser à leur courage.
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FIFDH 2021 : dans la Compétition fiction, Les racines du monde, de Byambasuren Davaa vite à un voyage poétique tout en faisant réfléchir sur les menaces de la mondialisation

Accompagné par des complaintes envoûtantes d’un violon, le film de Byambasuren Davaa s’ouvre sur de vastes étendues aux tons impressionnistes et chatoyants, la caméra s’approche progressivement d’une voiture qui file au travers de ces immenses plaines où la nature semble préservée de prime abord.
Au milieu de la steppe mongole, Amra, douze ans, grandit dans une communauté nomade traditionnelle dans une yourte. Sa maman, Zaya (Enerel Tumen), fait paître le troupeau de chèvres, confectionne des fromages de chèvre qu’elle confie à Amra pour les vendre sur le marché de la ville et parcourt les steppes à cheval. Le matin, Amra est conduit à l’école par son père, Erdene (Yalalt Namsrai), le soir il aide à conduire le troupeau de moutons et de chèvres à la yourte.
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FIFDH 2021- Coronation de Ai Weiwei qui continue à faire contrepoids au discours officiel chinois, ici sur la gestion de la crise sanitaire à Wuhan

Nous sommes en janvier 2020, alors que le monde regarde avec circonspection ce qu’il se passe en Chine suite aux nouvelles alarmantes concernant la nouvelle forme de coronavirus qui ronge la ville hyper moderne de Wuhan, capitale de la province du Hubei, les autorités chinoises ferment totalement la ville et confine ses habitants. Pour savoir ce qu’il s’y passe réellement, Ai Weiwei demande, depuis son exil européen, à 12 habitant.es de Wuhan de filmer au cœur du cyclone, de donner une version intérieure, faite de chair et de sang, loin des images officielles aseptisées, de la situation, nous faisant entrer dans les hôpitaux dans le sillage des soignants, les parkings où se cachent ceux venus de la province construire l’immense hôpital et qui ne peuvent plus rentrer chez eux, les appartements confinés, les livreurs de colis et bien de première nécessité, les familles endeuillées. Ai Weiwei a reçu 500 heures d’image tournées pendant le confinement, du 23 janvier au 8 avril 2020,  à partir desquelles il a monté un film d’une heure cinquante qui donne un visage et une parole à une population balayée par la raison d’État.
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FIFDH 2021 – Shadow Game : Un coup de poing en plein estomac qui coupe le souffle et couvre de honte le continent européen et ses pratiques envers les mineurs non-accompagnés !

En préambule, et afin que l’on se rende compte immédiatement quelle est la nature du scandale dont on parle (qui n’est pas nouveau et mainte fois documenté mais sur lequel on préfère fermer les yeux) et que dénonce de manière puissante ce film qui donne directement la parole aux concernés et utilise pour partie les images qu’ils ont eux-mêmes tournées, voici l’article 22, paragraphe 1 de la Convention relative aux Droits de l’enfant :

Les États parties prennent les mesures appropriées pour qu’un enfant qui cherche à obtenir le statut de réfugié ou qui est considéré comme réfugié en vertu des règles et procédures du droit international ou national applicable, qu’il soit seul ou accompagné de ses père et mère ou de toute autre personne, bénéficie de la protection et de l’assistance humanitaire voulues pour lui permettre de jouir des droits que lui reconnaissent la présente Convention et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ou de caractère humanitaire auxquels lesdits États sont parties.

Voilà. C’est clair net et précis. Nous sommes en Europe, en 2021, et des enfants se voient dénier ce droit fondamental, pire se font torturer psychiquement pendant des années par ce refus et les conditions inhumaines dans lesquelles ils doivent vivre et survivre pendant leur odyssée et, pour certains, se font torturer physiquement par des autorités dépositaires du monopole de la violence physique légitime. Il est facile de faire les gros titres et pousser des cris d’orfraie devant des images venues d’ailleurs, comme ces enfants d’Amérique latine encagés aux États-Unis par l’administration Trump. Mais qu’en est-il de ces images – qui existent – et que l’on cache dans une hypocrisie crasse ? Que l’Europe se couvre de la cendre de la honte avant de donner des leçons ailleurs ! Shadow Game est un coup de poing en plein estomac qui coupe le souffle et révolte.
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