Fiancées, de Julia Bünter, brosse un portrait bigarré et intime des jeunes femmes égyptiennes à la veille de leur mariage

Présenté aux Visions du Réel 2019, le film de Julia Bünter sort sur les écrans romands le 4 mars 2019.

Le film de Julia Bünter propose une immersion au coeur de la société égyptienne, dans l’antre de l’intimité des jeunes filles alors qu’elles se préparent à franchir le pas et se marier, un rite initiatique crucial dans un pays qui revient de manière de plus en plus marquée vers la tradition et l’hégémonie masculine.
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Opéra Semper de Dresde – Les Maîtres-chanteurs de Nuremberg (Die Meistersinger von Nürnberg) : Cinq heures et quarante minutes de bonheur

Seul opéra comique de Wagner en même temps qu’une suite, 200 ans plus tard, de son Tannhäuser, Les Maîtres-chanteurs de Nuremberg apparaît, au-delà d’une revanche du compositeur sur l’establishment musical de son époque, comme une réflexion sur l’art. On y retrouve l’éternelle querelle entre les ‘anciens’, partisans du conservatisme et de la ‘règle’, et les modernes ouverts à la créativité.  Selon  l’historien Michael Tanner, il s’agit du ‘conflit entre imagination et forme’ et par-dessus tout de ‘la relation entre l’artiste et son public.’ Un public allemand! Car les Maîtres-chanteurs glorifie d’abord l’Allemagne, son histoire et ses traditions lyriques, dans un nationalisme que le Troisième Reich récupérera tristement à son avantage, et au détriment de l’héritage wagnérien.
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La Factoría Querejeta – Elías Querejeta und das spanische Kino, 1963-1998: 4.-31.3.2020 im Zeughauskino Berlin

Elías Querejeta, einer der einflussreichsten Produzenten des spanischen Films, ist in Deutschland weitgehend unbekannt – anders als einige seiner Filme, die auf internationalen Filmfestivals Premiere feierten und oft ausgezeichnet wurden. Vor allem seine in Zusammenarbeit mit Carlos Saura entstandenen Arbeiten wie La caza und Cría cuervos werden auch in Deutschland als wichtige Werke des modernen spanischen Films geschätzt.
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Berlinale 2020 – Panorama : Schwarze Milch (Black Milk), d’Uisenma Borchu, décrit la discrépance entre Occident et traditions de la steppe

La séquence d’ouverture est magnifique : une jeune femme au type asiatique qui se regarde dans le miroir et s’attache les cheveux. Puis la caméra suit un homme occidental, au visage anguleux, qui se prépare face au miroir de la salle de bain. On entend une mélopée mongole … L’homme arrive brusquement dans le salon d’où provient la musique et éteint sans crier gare le lecteur de musique : « On doit supporter ta musique ! » crie-t-il à l’endroit de la jeune femme. Franz exige de la jeune femme qu’elle lui dise quelle lui appartient. On trouve la jeune femme couchée sur le dos pendant que Franz (Franz Rogowski) se soulage. On comprend avec ces quelques courtes scènes que l^homme est dominateur, autoritaire et la jeune femme malheureuse.
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Palmarès de la 70e Berlinale très consensuel

Le jury international composé de Jeremy Irons (président) Bérénice Bejo, Jeremy Irons, Bettina Brokemper, Annemarie Jacir, Kenneth Lonergan, Luca Marinelli et Kleber Mendonça Filho semble avoir voulu ratisser large et ne pas froisser ou faire de vagues. L’impression que le palmarès donne est celui du consensus : donner des récompenses un peu dans toutes les directions, cela ne peut que dans l’ensemble s’équilibrer. Et c’est vrai que le résultat, un peu tiède et convenu, tient à peu près la route. On regrettera toutefois que des films exigeants comme Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou The Roads Not Taken de Sally Potter repartent bredouille. Cependant, pour être honnête, le fait que le film de Tsai Ming-Liang ne reçoive aucun prix malgré sa qualité exceptionnelle tient plutôt au fait que le directeur artistique Carlo Chatrian ait gâché toutes ses chances en le plaçant en compétition officielle plutôt que dans la nouvelle section compétitive qu’il a créée – Encounters.
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Berlinale 2020 – Compétition: Sheytan vojud nadarad (There Is No Evil) de Mohammad Rasoulof – La liberté individuelle face à l’appareil d’État

Pour la énième fois au festival de Berlin, une chaise reste vide lors de la présentation à la presse d’un film iranien. On se souvient de Jafar Panahi de la chaise restée vide lorsqu’il a été membre du jury international en 2011 et surtout cet Ours d’Or pour Taxi en 2015, posé par terre, puisque le corps de son récipiendaire était en résidence surveillée en Iran.
Son compagnon de route Mohammad Rasoulof, plusieurs fois dans la même situation que Panahi vis-à-vis des autorités iraniennes, passé lui aussi par la case prison et résidence surveillée, a comme lui l’interdiction de tourné ou d’avoir d’activités dans le domaine cinématographique. Comme Panahi, Rasoulof passe outre et trouve le moyen de tourner, d’être produit et d’être vu. Les producteurs du film Kaveh Farnam et Farzad Pak se sont voulu rassurant face à la presse après la projection du film en compétition Sheytan vojud nadarad (There Is No Evil) :
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Berlinale 2020 – Compétition : Irradiés de Rithy Panh – L’âme brûlée de l’humanité

Cette année, la sélection de la compétition laisse parfois songeur – on ne parle pas de la qualité, qui elle chaque année comme dans chaque festival provoque des incompréhensions, voire de petites (à l’échelle des événements obscènes du monde) colères, mais du choix des sections. Ceci d’autant plus que Carlo Chatrian, pour sa première année en tant que directeur artistique a eu l’idée étrange de créer une nouvelle section compétitive – Encounters (on en parle ici) qui permet de présenté des films qui « qui défient les lois purement économiques du marché ». Très bien. Mais alors pourquoi avoir jeter en pâture certains films à la critique en les mettant en compétition officielle plutôt que dans cette nouvelle section… mystère. Car il faut savoir que la section dans laquelle sont présentés les films importe dans la critique d’un film pendant un festival – il est même tout à fait commun qu’un même journaliste fasse une critique un peu différente dans son approche et appréciation d’un même film lorsque celui-ci sort en salle. Irradiés fait partie de ces films qu’on aurait préféré voir dans une autre section pour ne pas avoir ce sentiment de démagogie dans sa sélection.
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Berlinale 2020 – Compétition: DAU-Natasha – Jouer à la bouteille du totalitarisme

De toutes les décisions prises par le nouveau directeur Carlo Chatrian, nulle n’est aussi sujette à la controverse que celle de mettre DAU.Natasha, premier long-métrage tiré du controversé projet DAU, dans la Compétition de cette 70e Berlinale. La première du film, au septième jour de la Berlinale, a laissé beaucoup de spectateur choqués non seulement par les scènes sexuelles (terriblement explicites et non simulées), mais surtout par un viol au cours d’une scène d’interrogatoire conduite par un ancien agent du KGB.

Rappelons le projet : en 2007 DAU débuta comme ce que Khrzhanovskiy appelle “un film d’art et d’essai normal et compliqué”, racontant l’histoire du prix Nobel de physique russe Lev Landau (1908-1968), qui étudia sous la direction du physicien danois Niels Bohr. 
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Berlinale 2020 – Compétition : Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou la géographie des solitudes

La solitude, c’est la ligne de basse de la cinématographie de Tsai Ming-Liang, cinéaste et artiste taïwanais né en Malaisie. Nous en parlions déjà ici, lors de la rétrospective que lui avait consacré à Berlin Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo en 2017.

Kang (l’acteur fétiche du réalisateur, l’acteur Lee Kang-Sheng) vit seul dans une grande maison. À travers une baie vitrée, il regarde la cime des arbres fouettée par le vent et la pluie. Il ressent une étrange douleur d’origine inconnue à peine supportable et irradie dans tout son corps. Non (Anong Houngheuangsy), lui, vit dans un petit appartement à Bangkok où il prépare méthodiquement des plats traditionnels de son village natal. Les deux hommes vivent dans la plus grande des solitudes, les rares interactions qu’ils ont avec leur environnement sont celles de leur quotidien. Mais un soir, une nuit, une vraie rencontre va se faire et leurs deux solitudes fusionner dans un interstice du temps à la foi fugace et infini.
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Berlinale 2020 – Panorama:  Cidade Pássaro (Shine Your Eyes), du réalisateur brésilien Matias Mariani

Cidade Pássaro (Shine Your Eyes)  dont la traduction littérale signifie ville aux oiseaux – commence comme un documentaire, filmant les rues et les immeubles d’une grande ville, les passants, les commerçants, les livreurs, les rues et les magasins de la ville qui s’animent en matinée. Le musicien Amadi  (Okechukwu Ukeje, connu sous le nom O. C. Ukeje) n’a plus eu de nouvelles de son frère aîné Ikenna Igbomaeze (Chukwudi Iwuji) depuis longtemps. Il voyage du Nigéria vers la métropole brésilienne de São Paulo, où Ikenna, doué pour les mathématiques, est censé travailler comme professeur dans un institut technologique – du moins, c’est ce qui est indiqué sur la page d’accueil de l’institut, Universidade Govenant chega a São Paulo: son portrait et son titre trônent aux côtés de celui de Miro Kuzko (Paulo Andre). Mais non seulement il n’y a aucune trace d’Ikenna, l’institut n’existe même pas. Avec le soutien de son oncle et de l’ex-amant d’Ikenna, et en possession des mystérieuses notes et calculs de son frère, Amadi part à la recherche de son frère.
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