Death for Sale

Posted by mab avril 18, 2012 No Comments »
Death for Sale

Présenté dans la section Panorama de la 62e Berlinale, Death for Sale du réalisateur marocain Faouzi Bensaïdi a reçu le prix Art Cinema Award de la CICAE (Confédération Internationale des Cinémas d’Art et d’Essai).

Death for Sale

Un film de genre

Malik, Allal et Soufiane, trois délinquants à la petite semaine rêvent de grandeur et d’avenir et décident de braquer une bijouterie, sésame pouvant leur permettre de financer leur destin rêvé. Ancrée dans la réalité sociétale marocaine, cette fiction n’en reste pas moins universelle : problèmes familiaux et générationnels, insertion sociale difficile et besoin de s’inventer une autre vie.
L’amour, l’amitié, la mort, le désir, la trahison, la vengeance, l’argent…de l’universel ce film glisse vers un magnifique classicisme cinégénique. Un peu trop peut-être : le réalisateur veut manifestement que le spectateur voit qu’il fait du cinéma. Chaque plan, chaque infrastructure, chaque figurant est une mise en perspective de l’image, une ligne qui guide le regard et forme le cadre pour le motif principal. Les cadrages sont posés au millimètre, la mise en scène est au cordeau. Parfois théâtre, parfois chorégraphie, parfois burlesque quand ils se battent entre eux, comme dans les films muets les gestes sont exagérés, des gens qui se courent après, essaient de s’attraper, s’agrippent et se lâchent, ils se battent et luttent, la violence toute en retenue. Ce film qui se veut de genre se perd un peu dans tout ce qu’il veut évoquer, et de la société et de l’art cinématographique. Là où la tendance du cinéma contemporain est de cultiver la mise au point floue ou, à l’autre extrémité, de pratiquer une cinématographie appliqué dans le champ/contre-champ, en passant par ceux qui abusent des effets spéciaux – sans parler de la magie commerciale de la 3D – , Faouzi Bensaïdi use d’un effet de caméra qui se transforme en effet « d’œil dedans ». Tout à fait réussi.
La dernière image est à couper le souffle. Ceux qui possède une tablette numérique auraient le reflexe de la retourner pour que l’image se mette automatiquement à l’endroit. Mais heureusement, nous sommes au cinéma. L’image est à l’envers comme le monde qui marche sur la tête et se construit à l’envers.

MaB

Death for Sale ; de Faouzi Bensaïdi ; avec Fehd Benchemsi, Mouhcine Malzi, Fouad Labiad, Iman Mechrafi, Nezha Razil, Faouzi Bensaïdi, Mohamed Choubi; Maroc, France; 2011; 117 Min.; sortie 18 avril 2012

 

Entretien

Dans ce film, il y a des éléments universels tels que l’amitié, l’amour, la trahison, mais il y a aussi des éléments conjoncturels qui touchent les sociétés des pays en développement et plus singulièrement les sociétés nord-africaines. Pour cette jeunesse qui essaie de trouver sa place dans la société, dans le monde et de s’y forger une vie, y a-t-il un espace autre que celui allant de la délinquance à l’intégrisme?

Il y a d’autres espaces, d’autres destinées, d’autres trajectoires plus lumineuses. Mais évidement les matins heureux, le soleil qui se lève toujours au même endroit, les familles qui nagent dans le bonheur ne m’intéressent pas et intéressent rarement les arts ou la littérature. C’est la faille, la blessure, la fragilité, le désarroi, la mal être, la noirceur de l’âme humaine, ça ne veut pas dire pour autant faire des films triste, pas du tout. Mais aller au fond des choses donne une raison et un sens à mon travail et le fond des choses et souvent noir. Je parle de cette partie de la jeunesse qui n’a presque pas le choix, qui a été abandonnée à elle même, qui à force de se cogner contre un mur se durcit, perd le rêve et ne s’exprime que par la violence.

Le personnage de Malik est le plus complexe, tiraillé entre plusieurs pôles, celui de la famille, celui de ses amis, celui de son amour. C’est vers lui que convergent les autres protagonistes et qu’ils révèlent leur nature. Malik est-il seulement Malik ou est-il également une sorte de métaphore de la société marocaine? Comment avez-vous construit ce personnage?

Non j’espère que c’est un personnage complexe, vivant, réaliste et humain et donc capable de nous toucher et de nous émouvoir. Si je le réduit à une métaphore ou un symbole il perdra de sa profondeur. D’ailleurs un acteur ne peut pas jouer un symbole ça ne dit rien pour lui, il ne trouvera pas la matière pour le construire, il a besoin de concret. Après, si une génération se reconnaît en lui, c’est autre chose et tant mieux.

Les acteurs sont remarquables. Vous semblez les diriger à la fois comme un chef d’orchestre et un chorégraphe. Comment avez-vous travaillé avec eux? 

C’est très juste d’évoquer la musique et la chorégraphie, je pense vraiment que l’essentiel passe par là, le jeu d’acteur c’est un rythme, un corps dans un espace, des fois c’est un chœur, un mouvement de groupe et puis des solistes. J’ai passé beaucoup de temps au casting, au cinéma il ne faut pas se tromper du comédien, on n’a peu de marge de manœuvre. Après j’ai travaillé avec eux avant le tournage, sans répéter des scènes directes du film, mais à consolider, clarifier et construire les relations entre eux.

Il y a un parti pris cinématographique classique dans Mort à Vendre. Alors que beaucoup de cinéastes se font un point d’honneur à ne pas faire le point sur l’image, à filmer des fictions comme les reporters de guerre filmeraient en courant pour sauver leur vie, vous avez choisi de faire du cinéma, avec des plans, des cadres, des angles, des points de vue? Pourquoi ce parti pris?

La mise en scène c’est l’espace, quand on colle trop, on bouge la caméra dans tout les sens, on perd les repères, on est embarqué comme un reporter. Pourquoi pas, si cela se justifie, si cela crée une force. Mais je n’ai pas souvent vu de grandes mises en scènes, il y en a, mais la plus part du temps il y a beaucoup de facilité, beaucoup de bluff, beaucoup de faux habits de modernité. On ne sait plus qui met en scène : le chef opérateur qui décide de sa caméra, car presque rien n’est prévu, ou alors le monteur qui reçoit, aujourd’hui avec le numérique, des centaines d’heures de rush et décide de la forme finale.

A votre avis, pourquoi le cinéma marocain est-il plus dynamique, innovant que ceux de ses voisins maghrébins?

On a eu la chance que vers la fin des années 90, plusieurs éléments ont convergé et consolidé ce dynamisme. D’abord l’arrivée inattendue d’une nouvelle génération de court-métragistes  qui passeront au long métrage au début des années 2000 ; la société qui change, bouge et le cinéma comme médium capable de réfléchir cette mutation ; l’État qui accompagne le mouvement en multipliant par dix le montant des aides en l’espace de quelques années ; le centre cinématographique marocain qui accompagne avec beaucoup d’intelligence et de travail cette dynamique ; un regain d’intérêt pour le cinéma dans tout le pays, la création d’écoles de cinéma, surtout l’ESAV à Marrakech, le festival de Marrakech puis d’autres après,  des ateliers et des filières dans les universités, une profession qui s’organise, des films qui percent. Nous vivons un moment exceptionnel en comparaison avec les autres pays arabe et le reste de l’Afrique.

Propos recueillis par Malik Berkati, Berlin

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Performance de communication guérilla à Lorient – Bretagne

Posted by mab mars 06, 2012 No Comments »
Performance de communication guérilla à Lorient - Bretagne

Soirée soutenue par j:mag dans la perspective: Forum citoyen

un show/meeting/happening de Hubert Mensch à Lorient

‘Pourquoi je ne suis pas candidat ?’

Une performance de communication guérilla suivi d’un vrai débat débridé mais sérieux
sur les domaines politique, artistique, culturel, économique et social avec pour thème :

‘Rien ne sera plus comme après’

Hubert Mensch citationniste, intercesseur social, auteur et artiste conceptuel nous parle
de culture, de politique et de changement sociétal par une représentation dans une
dynamique transversale pour laquelle le show/meeting/happening permet de mettre en
perspective les perversions des discours et les principes de domination.

Nous sommes en période de crise aussi le tarif sera de 5€ ou de 10,20 € c’est divin
pour pouvoir bénéficier du texte – Le Galion 2 rue Florian Laporte à Lorient
le mercredi 7 mars
à 20h30 tel : 06 98 99 33 45


Boualem Sansal: « En Algerie, le cinema c’est le diable »

Posted by mab février 27, 2012 No Comments »
Boualem Sansal: "En Algerie, le cinema c'est le diable"

Rencontre avec Boualem Sansal, lauréat du Prix de la Paix des Libraires allemands 2012, membre du jury de la 62e édition du Festival International du Film de Berlin 2012 présidé par le réalisateur britannique Mike Leigh.

Boualem Sansal, conférence de presse du jury - © Malik Berkati

Vous passez, le temps de la Berlinale, de la littérature au septième art : quelles sont vos impressions ?

Je ne suis dans le cinéma que le temps de la Berlinale. Ce n’est pas une reconversion, quoi que l’on ne sache jamais. Je n’oublie pas que pendant 30 ans, j’étais un fonctionnaire tranquille, et puis je me suis retrouvé écrivain, emporté dans une aventure qui dure maintenant depuis une douzaine d’années. Donc tout est possible, mais c’est quand même peu probable. Je me suis retrouvé membre du jury de la Berlinale, mais c’est la conséquence du prix de la Paix que j’ai reçu à Francfort en octobre au Salon du livre. Dieter Kosslick (directeur du Festival international du film de Berlin, ndr) m’avait contacté et pendant un déjeuner, il me l’a proposé. Je lui ai dit que je ne connaissais rien au cinéma, mais il a insisté. Il m’a expliqué que pour moi ce serait intéressant, que cela m’ouvrirait de nouvelles possibilités pour mes discours, mes actions. Et c’est vrai, il n’y a rien de plus puissant que le cinéma, que l’image. Pour finir, j’ai trouvé l’idée intéressante.

Quelles sont vos impressions en tant que membre du jury ?

Formidable. Vraiment formidable. D’abord il y a le jury, très intéressant, des gens que je ne connaissais pas auparavant sinon de nom, comme Mike Leigh bien sûr, je connaissais également l’Iranien Asghar Farhadi (Ours d’Or de la Berlinale 2011 pour « La Séparation », ndr) car j’avais lu beaucoup d’article sur lui, évidemment Charlotte Gainsbourg. Nous avons fait connaissance et ce sont des gens très intéressants, des professionnels du cinéma et de l’image, avec lesquels j’apprends beaucoup. Je pensais naïvement que la Berlinale, c’était une petite affaire. Mais c’est gigantesque. Je n’imaginais pas un festival comme cela. C’est énorme. Tout ce qu’il y a derrière, le business, les gens qui viennent acheter des films, les acteurs, les sections parallèles, c’est énorme. Et cela a une résonnance dans le monde entier. Je le vois à travers tous les messages que je reçois par internet, par téléphone. Ce festival est un outil très puissant.

Et l’impact du cinéma sur le public par rapport à la littérature ?

Le cinéma est très nettement plus puissant que la littérature. Cela touche beaucoup plus de monde et l’impact est fort. Le livre on l’achète mais il n’est pas sûr qu’on le lise. Le film non. À partir du moment où on rentre dans une salle, ou on allume la télévision, on voit le film. L’impact est très fort. Pour des sujets traités dans certains films concernant par exemple l’Afrique, le monde arabe, l’impact peut être colossal.

L’Afrique qui ferme ses salles de cinémas mis à part Afrique du Sud, en Algérie aussi…

Absolument. L’Algérie avait un parc de salles extraordinaire, vraiment de très belles salles, je ne me souviens plus du chiffre mais un chiffre assez important, et il n’en reste plus que quelques-unes. Cela se compte sur les doigts d’une main.

Pourquoi ?

D’abord il y a eu la période socialiste. Toutes ces salles appartenaient à l’État qui les a mal gérées, elles ont servi de véhicule à l’idéologie, de salles de réunion pour le parti, pour la diffusion de films de type soviétiques, donc les gens ont déserté ces salles. Elles ont de plus en plus été utilisées à d’autres fins, et elles sont tombées en ruine. Beaucoup ont été détruites ou converties en grands magasins. Puis il y a eu la période de l’islamisation, puis celle de faillite économique. Il n’y avait plus d’argent pour acheter des films, il n’y avait même pas d’argent pour acheter de la farine, alors acheter des films…et voilà, petit à petit le cinéma a disparu. La libéralisation a achevé de tuer l’industrie du cinéma. Car il y a avait une véritable industrie, l’Office national du cinéma algérien, c’était énorme, il y avait des laboratoires, des studios, des producteurs, des photographes, enfin tous les spécialistes. Tout cela a été privatisé, cela a disparu, les équipements n’ont plus été adaptés.

Mais puisqu’il y a libéralisation, pourquoi n’y a-t-il personne pour investir dans le cinéma, il y a quand même de l’argent en Algérie ? Quand on voit un film algérien, il fait par un Algérien de France avec des fonds français et quelques petits fonds algériens histoire de pouvoir mettre « Algérie » dans le générique…

Parce qu’il y a eu une guerre. Il y a eu l’islamisme, une guerre civile. Les islamistes ont commencé à tuer les intellectuels, les écrivains, les artistes, les chanteurs, les hommes de théâtre, donc ils sont tous partis. Il ne reste plus personne au pays, et quand on part, on ne revient pas. On s’installe en France, en Allemagne, au Canada, les enfants vont à l’école, c’est fini, on ne revient plus. Entre temps, le pays dégringole. De temps en temps, cela travaille ceux qui sont partis, ils se disent : quand même, on va aller au pays, on va aider, ils disent que cela s’améliore sur le plan sécuritaire, on va retourner. Ils reviennent, puis ils voient une situation de dégradation incroyable, il n’y a rien qui fonctionne, tout est abîmé. Voilà, ils viennent un mois, deux mois et repartent dégoûtés. Un an après, pareil, ils reviennent, passent une semaine et repartent. Sans compter que dans ce genre de métier, où il faut du matériel, il n’y a pas moyen de se balader en Algérie avec une caméra sans que l’on soit arrêté par des policiers. Même avec une petite caméra, un caméscope. Un touriste qui se balade, tous les dix mètres, il se fait arrêter par la police qui lui demande s’il a une autorisation pour filmer, qui lui dit que c’est interdit. Donc on ne peut pas travailler dans ces conditions.

De manière générale, la culture semble abandonnée en Algérie.

L’État a fait alliance avec les islamistes. Donc tout ce qui est dans le sens de la culture, il le rejette à la périphérie. Les islamistes gouvernent avec eux et ils ne veulent pas de ces choses-là : le cinéma c’est le diable. Les anciennes structures d’aides à la création ont toutes disparues. Il n’y a plus rien. Dans tous les domaines artistiques. Même faire une exposition c’est quasiment impossible. Il y a des jeunes qui peignent, des photographes qui font de la photo. Organiser une exposition, c’est la croix et la bannière, cela n’intéresse personne. D’abord il n’y a pas de public. Le seul public pour les gens qui essaient de faire des expositions de peinture, sculpture, photographie, est dans les ambassades. Ils organisent des choses avec l’ambassade de France, l’Institut culturel français ou le Goethe Institut, le British Council, l’institut Cervantes. Les artistes vont les voir, leur proposent leurs projets et cela se fait dans leurs locaux. Donc c’est un public trié sur le volet, de diplomates, ce sont eux qui font vivre ces métiers-là.

Comment expliquer cette différence avec le Maroc qui a une production cinématographique importante et innovante, des festivals internationaux et du public ?

Ce sont des choix faits il y a trente ans. Au lendemain de l’indépendance, l’Algérie, parce qu’elle avait du pétrole et du minerai, a fait le choix de l’industrie. On ferme le pays, on a de l’argent, on construit des usines, on forme des ingénieurs, des techniciens. Dans un régime socialiste il faut empêcher l’évasion des idées. Le Maroc n’a pas eu le choix, il n’a pas de pétrole. Comment vivre ? Et bien ils ont fait comme la Tunisie le choix du tourisme. Et le touriste pour le faire venir, il faut des restaurants, des plages bien équipées, des dancings, de beaux restaurants, de grands hôtels, il faut un minimum de liberté pour que l’on puisse se déplacer, il faut réhabiliter le patrimoine, la Casbah, les souks… c’était à leur portée, ils ont appris à le faire et ils le font très bien. Les Marocains sont très ouverts, ce sont vraiment de grands professionnels du tourisme. Avec trois fois rien, ils gagnent de l’argent. Alors qu’en Algérie on a interdit le tourisme pendant vingt ans. Cela fonctionne mieux au Maroc qu’en Tunisie parce que le Maroc a fait le choix du tourisme de luxe : quand on va au Maroc, il y a des hôtels 4 étoiles, et ce qui intéresse ces touristes, c’est évidemment le patrimoine, le festival des musiques sacrées, le festival de Marrakech, etc. La Tunisie a choisit le club méditerranée, le bas de gamme, un tourisme pour ouvriers et petits cadres européens : ils viennent passer l’été 15 jours de vacances à la mer, nager, acheter des cartes postales. La stratégie du tourisme de luxe oblige à ouvrir une gamme de prestations extraordinaires. En Algérie, rien.

Y a-t-il des adaptations de vos livres pour le cinéma ?

Oui. Beaucoup de mes livres ont fait l’objet de tentatives d’adaptation. D’abord « Le Serment des barbares » dont les droits ont été achetés par un producteur. Le scénario a été écrit par Jorge Semprun, les repérages ont été faits, le tournage a même commencé avec Yves Boisset, mais le gouvernement algérien a interdit qu’il soit tourné en Algérie. Nous tenions absolument à ce que le film soit tourné en Algérie. Donc le film ne s’est pas encore fait. Pour « Harraga », « Le Village allemand », il y a des négociations pour des adaptations au cinéma ou au théâtre.

Participez-vous aux adaptations ?

Non, je ne m’en occupe pas. Je n’ai pas le temps. Je n’ai pas d’agent non plus. C’est l’affaire de Gallimard qui me tient au courant. Je n’ai suivi de près que l’adaptation pour « Le Serment des barbares », car j’étais à l’époque à Paris. J’ai participé aux discussions avec le producteur ; Jorge Semprun et Yves Boisset sont venus chez moi, à la maison, à Alger, nous avons fait les repérages, nous avons écrit le scénario ensemble à la maison, là, j’ai vraiment participé. C’était très intéressant. J’ai appris ce qu’était un scénario, c’est une écriture très spéciale, complètement différente de celle d’un livre.

Quelques mots sur les élections législatives à venir en Algérie ?

M. Bouteflika a réglé son affaire et va partager le pouvoir avec les islamistes. Je pense qu’il a fait l’analyse suivante : si on ne bouge pas, il va y avoir une révolution et les islamistes vont prendre le pouvoir par la violence et à ce moment-là, ils ne voudront pas le partager. Alors il vaut mieux devancer les événements, il vaut mieux travailler avec eux en leur disant : ne faites rien, nous allons organiser les élections, vous ferez votre campagne, on vous aidera, on vous ouvrira la télévision, et on va même vous aider à gagner. Mais en faisant un deal. Nous on garde le ministère de la Défense, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, évidemment la présidence, probablement le sénat, et tout le reste on vous le donne : l’assemblée nationale, tout le reste du gouvernement, plus la nomination de préfets, etc. C’est ce qu’il va se passer. Ils ont choisi des islamistes modérés. Le parti MSP (Mouvement de la société pour la paix, ndr) est déjà dans le gouvernement depuis dix ans, il a eu plusieurs ministres, ils sont à l’assemblée nationale, ce sont des gens qui commencent à être rôdés à la gestion gouvernementale. À un moment donné, ils ont eu sept ministères. Ils ont une équipe d’une trentaine de personnes qui ont exercé la fonction de ministre, ils ont 70 ou 80 députés, ils sont rôdés. Comme dans tout contrat, il y a deux parties : le président et les islamistes. Et dans tout contrat, il faut une troisième partie qui garantit le contrat. Dans les contrats civils, c’est le tribunal. Ici il faut trouver cette tierce partie. Cela pourrait être l’armée algérienne, mais Bouteflika n’a pas confiance dans l’armée tout comme les islamistes qui se disent que dans un an, six mois ils vont faire un coup d’État. Donc il faut chercher du côté de l’opinion internationale. Peut-être l’Europe. Quelque chose comme cela, entre Européens et Américains, il y a des négociations disant : bon très bien, faites votre accord, nous nous garantissons son application. Je crois que c’est la partie la plus délicate. Mais il me semble qu’elle est réglée.

Avec les observateurs internationaux ?

Ça c’est du cinéma. Mais je pense effectivement qu’ils font partie de ce processus. Ils vont dire que tout s’est bien passé. Et d’ailleurs tout va bien se passer puisqu’ils se sont mis d’accord. Les élections vont bien se dérouler, c’est la garantie que l’accord tienne. Comme au Maroc. Là il y a eu un début de révolution mais le PJD (Parti de la justice et du développement, ndr) a gagné les élections législatives. Cette victoire est garantie par les Français et les Américains disant aux islamistes : tant que vous gouvernez comme les Turcs, nous obligerons le roi à respecter son accord ; et en disant au roi : tant que vous respectez l’accord nous nous les obligerons à rester dans les clous.

Quel est votre prochain projet ?

Je n’ai pas encore de projet. Je viens de sortir « Rue Darwin » en septembre. Je brasse beaucoup d’idées, j’ai envie d’écrire une pièce de théâtre, un carnet de voyage, mais je n’ai encore rien de concret.

Propos recueillis par Malik Berkati pour j:mag (Suisse) et Boumediene Missoum pour Le Matin DZ en ligne (Algérie), Berlin

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Palmares de la Berlinale 2012

Posted by mab février 19, 2012 No Comments »
Palmares de la Berlinale 2012

© Malik Berkati

Cette 62e édition du Festival International du Film de Berlin a connu une grande traversée du désert au point de vue de l’organisation, de nombreuses aberrations au niveau de la sélection officielle dans la section compétition, mais le résultat final

L’Ours d’Or

Avec un président du jury comme Mike Leigh, il était fort à parier qu’un cinéma social et engagé allait être récompensé. L’attente n’a pas été déçue. Comme nous vous le présentions ici twitter/jmag_mmag, nos favoris sont effectivement dans le palmarès. L’Ours d’Or aux frère Taviani et leur superbe Cesare deve morire dont nous parlions dès sa projection officielle sur notre site article j:mag , est à la fois engagé dans une démarche sociale et du magnifique cinéma.

La surprise

Qui n’en est pas vraiment une. Nous en parlions dès la fin de sa projection twitter/jmag_mmag , article j:mag , L’Enfant d’en haut, premier film suisse en compétition à la Berlinale depuis dix ans, était non seulement un excellent film, doté d’une distribution très intelligente, d’une photographie d’Agnès Godard faisant honneur à la Suisse d’en haut comme d’en bas et d’une belle histoire, à la limite de la fable, très finement déroulée par la réalisatrice suisse Ursula Meier. Pour la première fois de l’histoire du festival, un prix spécial est attribué : Ursula Meier et son équipe peuvent être fiers de cet Ours d’Argent spécial et d’avoir rendu la décision du jury si difficile à se décider.

Grand Prix du jury, Ours d’Argent

Encore un de nos favoris, twitter/jmag_mmag (et twitter/jmag_mmag ), le film hongrois Csak a szél (Just The Wind) de Bence Fliegauf, sur le sort cauchemardesque de la communauté Rom en Hongrie, non seulement fragilisée par le fait d’être une minorité ethnique mais également car pauvre parmi les pauvres et par conséquent première victime des politiques de libéralisation économique et leur corolaire, les crises économiques.

Meilleure actrice, meilleure acteur

Comme nous l’espérions twitter/jmag_mmag , Rachel Mwanza, héroïne de l’excellent film canadien Rebelle sur les enfants soldats, a été sacrée meilleure actrice de cette Berlinale. Bravo au jury d’avoir osé cette récompense pour cette jeune fille, enfant des rues de Kinshasa, qui grâce au film a enfin pu aller à l’école, la plus haute récompense et fierté que ce film lui a apporté si l’on en croit la lumière qui s’allume dans ses yeux lorsqu’elle explique en lingala cette victoire sur l’adversité couronnée par un examen réussi à l’école. Des stars en compétition, il y en avait. Des stars et actrices jouant très bien, il y en avait pléthore. La meilleure cette année, de justesse, d’intériorité, de jeu physique, c’est bel et bien Rachel Mwanza.
L’Ours du meilleur acteur pour Mikkel Boe Følsgaard en Christian VII, roi fou du Danemark, dans En Kongelig Affære (Une affaire royale) n’est pas démérité au regard des rôles masculins de la compétition qui n’ont pas permis aux acteurs d’offrir des prestations exceptionnelles.

À remarquer également le film Serbe Parada dans la section parallèle Panorama dont nous avions très tôt parlé et qui a reçu de nombreuses récompenses, allant du Prix du public à celui du Prix œcuménique.

Comme vous le savez, nous avons accordé au quotidien suisse Le Courrier la primauté de certaines interviews. Vous pouvez retrouver les articles sur Parada Le Courrier  et L’enfant d’en haut Le Courrier . D’autres interviews seront publiées à la sortie des films en Suisse romande.

Malik Berkati, Berlin

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Berlinale: Rentaneko (Rent-a-Cat) in Panorama

Posted by mab février 14, 2012 3 Comments »
Berlinale: Rentaneko (Rent-a-Cat) in Panorama

Eine Novelle, so haben wir es einmal in der Schule gelernt, ist die Erzählung einer unerhörten Begebenheit. Der im Panorama gezeigte japanische Film von Naoko Ogigami erfüllt auch genau diesen Anspruch: er schildert eine kleine Geschichte, die eine Qualität des noch nicht Gehörten hat, und er erzählt, im besten Wortsinn. Eine Kunst, die etliche Filmemacher schon lange nicht mehr beherrschen.

Die Heldin Sayoko ist eine noch junge Frau, deren zurückgezogene Lebensweise eigentlich die eines viel älteren Menschen ist. Sie lebt allein in einem kleinen, aber idyllischen Häuschen, und sie hat ganz offenbar nicht viel Geld. Was sie hat, sind etliche Katzen, denen ihre ganze Liebe und Fürsorge gilt. Und die sie vermietet!

Das Geschäftsmodell ist ganz einfach: Sayoko lädt ein halbes Dutzend Katzen in ihren Bollerwagen und zieht damit am Flussufer entlang. Natürlich sind die Tiere so wohlerzogen und an ihrer Besitzerin hängend, dass es keiner Mieze je einfallen würde, das Weite zu suchen. Sonst braucht sie nur noch ein Utensil, ihr kleines Megaphon, eine richtige Flüstertüte, mit der sie ihr Angebot jedem hörbar macht: Katzen zu vermieten! Sind Sie einsam? Mieten Sie eine Katze!

Rentaneko (Rent-a-Cat)

Mancher würde auf so eine Erscheinung sicher genau wie die zwei Schuljungen im Film reagieren und befremdet weglaufen, gerade wie vor der bösen Hexe aus dem Märchen. Was wäre denn nicht auch von einer so seltsamen Person möglicher Weise alles zu befürchten? Doch hie und da beisst jemand an, und dann besteht Sayoko als gewissenhafte Katzenhalterin selbstverständlich auf einer Inspektion, bevor sie einen ihrer Stubentiger aus der Hand gibt. Mit strengem Blick lässt sie sich die Wohnung zeigen, und vom möglichen nächsten Kunden genau erklären, wie er denn mit der Katze umzugehen gedenke. Der Preis, den Sayoko verlangt, verwundert jeden Mieter, weil er so gering ist.
Könnte es sein, dass es bei diesem „rent-a-cat“ um etwas ganz anderes geht? Der Eindruck entsteht schnell, denn Sayoko ist eine sehr einsame Frau, in deren Leben es nur ihre Katzen zu geben scheint, und ihre gelegentlichen Katzenmieter. Daneben hat sie nur noch Kontakt mit der Nachbarin, ein skurilles Wesen mit einer ungewöhnlichen Direktheit, durch die noch jede kurze Begegnung mit einem Affront endet.

Mikako Ichikawa spielt die Sayoko mit viel Fröhlichkeit, mit Lebensbejahung und Zuversicht. Das weitere Personal trägt mit kurzen, aber prägnanten Auftritten zur Unterhaltung des Zuschauers bei, im ganzen Film gibt es keinen Charakter, der nicht im Gedächtnis bleibt. Und selbstverständlich ziehen die Katzen alle Blicke auf sich. Naoko Ogigami, für Regie und das Drehbuch verantwortlich, entschied sich für eine Episodenstruktur, mit Dialogen, die sich teilweise fast wörtlich in verschiedenen Situationen wiederholen und dann abwandeln. Dieser Kunstgriff funktioniert sowohl als Verfremdungseffekt wie auch als Quelle von reichlich Komik.

Wer das (Vor-) Urteil kennt, Film könne man nicht studieren, das sei nur eine Frage von Talent und grossen Budgets, wird hier einmal eines Besseren belehrt. Ogigami studierte Film an der University of Southern California. Wenn ihr „Rentaneko“ ein für diese Schule typisches Erzeugnis ist, muss die Ausbildung dort ziemlich gut sein. Dem 110 Minüter gelingt es, jene Heiterkeit und Wärme zu erzeugen, die bei einer etablierten Produktion wohl zu einer Bezeichnung als „feel good movie“ führen würde. Nur dass dies Rentaneko mit kleinen Mitteln und grosser Subtilität gelingt. Der Pressetext legt den Film Katzenfreunden ans Herz, mit dem wohlmeinenden Hinweis, dass auch Allergiker garantiert nichts zu befürchten hätten. Hoffentlich gehen auch ganz andere Menschen in diesen Film, hoffentlich gibt es dazu die Gelegenheit auch ausserhalb eines Festivals.

Rentaneko ist nichts weniger als ein Plädoyer für Humanität, als eine sanfte, aber nachhaltige Gemahnung, einen zweiten Blick auf Menschen zu werfen, die uns zuerst eigenartig, schräg, befremdend vorkommen mögen. Hinter denen aber vielleicht eine Geschichte steckt, die kennen zu lernen lohnt. Das geschieht ganz frei von Belehrung, mit einer Leichtigkeit, die Meisterschaft verrät. Ein grosser kleiner Film. Eine Entdeckung. Eine unerhörte Begebenheit.

Frank B. Halfar

von Naoko Ogigami; mit Mikako Ichikawa, Reiko Kusamura, Ken Mitsuishi; Japan; 2012; 110 Minuten

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Berlinale: L’enfant d’en haut, formidable film suisse en compétition!

Posted by mab février 13, 2012 No Comments »
Berlinale: L'enfant d'en haut, formidable film suisse en compétition!

L'enfant d'en haut © Roger Arpajou

Le film suisse en compétition, L’enfant d’en haut, a reçu un accueil formidable et de nombreux applaudissements à la fin de sa projection. Il faut dire que le film de la Suissesse Ursula Meier est l’un des films les mieux réussit dans la compétition – jusqu’à présent, à mi-berlinale – en termes de subtilité et finesse dans le traitement du sujet tout comme dans le cinématographie, il est vrai aidée par le décor naturel tout en contraste entre la montagne et la plaine et le travail de photographie d’Agnès Godard, déjà présente sur son premier film « Home ». Même si cette année la concurrence est rude dans la section compétition, on peut espérer – en se tenant les pouces – quelque chose pour cet enfant d’en haut qui raconte un peu la Suisse, assez l’état social du monde et beaucoup l’humain.

Un frère, une sœur

Simon, 12 ans, prend tous les jours la télécabine qui relie la plaine à la riche station de ski qui se trouve en haut. Il s’y rend pour y faire en quelque sorte son marché : nourriture, skis, équipements qu’il vole aux riches touristes. Il en profite pour parler aux gens auxquels il dit être orphelin et vivre seul avec sa sœur. Dans le haut de sa vie, il s’évade, s’invente un monde. Une fois en bas, il revend ce qu’il a volé afin de subvenir aux besoins minimaux de sa sœur et lui. Louise à la vie dissolue, qui ne travaille pas régulièrement, accepte ce comportement de Simon. Au fil du temps, elle devient de plus en plus dépendante pécuniairement de lui, alors que lui a peur de l’abandon, recherche désespérément son amour. Oscillant constamment entre tendresse et tension, cette interdépendance mène parfois au rejet violent de part et d’autre. Les acteurs sont extraordinaires, Kacey Mottet Klein, qui était déjà du premier film d’Ursula Meier, et Léa Seydoux arrivent à produire des sentiments de manière organique, à faire sentir au spectateur leurs fêlures, leur souffrance et ceci sans que leur passé ne soit vraiment expliqué, juste effleuré dans l’incarnation des personnages.

La suite par le même auteur dans Le Courrier de Genève du 15 février www.lecourrier.ch à qui nous avons donnée la priorité sur les propos de la réalisatrice.

Malik Berkati, Berlin

d’Ursula Meier; avec Léa Seydoux, Kacey Mottet Klein, Gillian Anderson, Jean-François Stévenin; Suisse; 2012; 97 min.

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Berlinale: Les frères Taviani en compétition avec « Cesare deve morire »

Posted by mab février 11, 2012 No Comments »
Berlinale: Les frères Taviani en compétition avec "Cesare deve morire"

Cesare deve morire ©Umberto Montiroli

Du grand cinéma en compétition officielle avec les frères Paolo et Vittorio Taviani et leur « César doit mourir ». Non pas parce que ce sont les frères Taviani et qu’ils font déjà partie de l’histoire du cinéma, ceux qui nous suivent savent ce que j :mag a pensé de leur dernier film Le Mas des Alouettes(2006) présenté également à la Berlinale, non tout simplement parce que ce film est tout ce que l’on demande au cinéma : donner à réfléchir, offrir des émotions, mettre un éclairage sur un point de la société et du monde et ceci si possible avec un souci artistique.

Shakespeare et la prison

Une pièce de théâtre, Jules César, un théâtre municipal situé dans une prison de Rome, le Rebibbia théâtre (et prison), une troupe d’acteurs-détenus de la section de haute sécurité, condamnés à de longues peines de prison : de cette matière première les frères Taviani ne font pas une pièce de théâtre filmée mais bel et bien un film de cinéma. Fabio Cavalli, le metteur en scène qui travaille depuis plus de dix avec des détenus et a déjà monté au Rebibbia La Divine Comédie de Dante ou la Tempête de Shakespeare a « réalisé qu’il était plus important de restituer l’esprit du texte, son sens, pas la langue elle-même. C’est pour cela que je demande aux acteurs de dire leur texte dans leur propre dialecte, dans leurs langues natales. » Les frères Taviani, au départ ont été un peu surpris mais « surpris de contentement d’entendre les acteurs murmurer, crier, jurer en sicilien, en dialecte d’Apulie, en napolitain…Nous avons réalisé que cette prononciation dialectale ne diminuait pas le ton de la tragédie mais au contraire donnait au texte une nouvelle vérité. Et nous entendons ce texte avec une conscience plus profonde. Les acteurs et leur personnage y trouve une plus profonde connexion à travers ce langage commun. Et après tout, Shakespeare a toujours eu un côté populaire également ! »

Comment vous est venue l’idée de tourner dans ce théâtre-prison ?

Vittorio Taviani: On pleure peu au théâtre en ce moment, du moins en Italie. Un ami nous a dit qu’il existait un théâtre où l’on pleure. Nous avons demandé où, il nous a répondu, en prison. Nous sommes allés voir et la représentation était celle de l’Enfer de Dante, leur enfer à eux en prison, de leurs amours impossibles. Nous avons réalisé qu’il y avait là une matière humaine. Nous nous sommes demandé ce que nous pourrions proposer qui soit important pour nous mais reflète aussi la réalité et leur réalité. Jules César qualifie Brutus « d’homme honorable ». Cela correspond également à leur monde, en Sicile, il y a aussi le qualificatif des « hommes honorables ». Il y a un parallèle entre la pièce et leur vie, la mort, la violence, le crime, le pouvoir, la liberté, la trahison…cela rejoint le drame de leur passé et de leur présent. Ces deux mondes se rencontrent à travers Brutus. Nous ne sommes pas là pour juger, et nous avons même appris à respecter l’humanité souffrante, coupable, qui cherche à se racheter. Cette expérience nous a révélé encore plus la complexité de l’humanité, de l’être, de la souffrance.
Paolo Taviani: On peut espérer que ce film apporte un peu d’attention à la condition des détenus, à la situation des prisons. Ce sont certes des criminels mais il ne faut pas oublier les tragédies qui se passent dans ces lieux, la violence, la souffrance. Il faut réfléchir à ces questions, avant d’aller voter, avant de voter pour César. Si le public croit que l’on peut faire Jules César en prison et que cela créé une émotion, alors c’est déjà bien.

Vous dîtes que Shakespeare a toujours été un père et un frère pour vous

Paolo Taviani: Depuis notre jeunesse, Shakespeare nous accompagne. Au début on voulait se mesurer à lui, tout en sachant qu’il était trop grand pour nous. C’est un grand génie que l’on peut toujours redécouvrir. Maintenant, avec l’âge, et puisque nous sommes en quelque sorte aussi devenus pères, on s’est permis de le maltraiter un peu notre grand frère, de le déconstruire, le démembrer pour le reconstruire, le faire revivre autrement et en faire du cinéma.

Vous montrer les auditions dans le film, pourquoi ?

Paolo Taviani: la rencontre avec ces détenus-acteurs a été facilitée par Fabio Cavalli qui les connaissait pour avoir travaillé avec eux. Nous avons toujours utilisé des bouts d’essai dans nos films. Mais ce qui était impressionnant ici, c’est que nous leur avons demandé de décliner leur identité, celle de leurs parents et leur lieu de résidence sous deux modes différents, une fois en état de peine et la deuxième fois en état de rage. Ils auraient pu inventer des noms, jouer un rôle. Et bien non. Chacun d’eux à décliner sa propre identité et son adresse. Ils l’ont fait, car ils savaient que toute l’Italie aurait la possibilité de les entendre et de les voir, ils ont donc dit leur nom pour exprimer « regardez, je suis là, je m’appelle… ». Ils disent leur texte, c’est vrai, mais ils le vivent aussi. Ils incarnent leur passé de douleur. Ils ont en tant qu’acteurs une capacité émotionnelle incomparable.

Cesare deve morire © Umberto Montiroli

Les répétitions sont filmées en noir et blanc, pour quelle raison ?

Vittorio Taviani: Aujourd’hui, dans l’image, la couleur c’est l’objectivité naturaliste. Nous voulions évoquer comment naît ou renaît dans l’âme de Brutus, des acteurs, quelque chose. Au réalisme de la couleur, nous avons préféré le non-réalisme du noir et blanc. Cela nous permettait de se sentir plus libre en filmant par exemple dans une cellule Brutus répétant avec douleur et passion son monologue : « César doit mourir ». Ce noir et blanc soutenu permet également le contraste avec les images de fin, en couleurs, qui célèbrent avec une joie extraordinaire le succès des détenus lors de la représentation.

Qu’apporte le théâtre aux acteurs-détenus ?

Paolo Taviani: Cela a une fonction thérapeutique, mais on ne peut pas le limiter à cela. Il s’agit également que les détenus rencontrent l’art. L’acteur-détenu qui joue Casius dit à la fin de la représentation et qu’il doit retourner dans ses quelques mètres carrés : « Depuis que j’ai rencontré l’art, cette cellule est devenue une prison. » Ils découvrent l’art et en même temps ils se rendent compte de ce qu’ils ont perdu. Salvatore Striano qui joue Brutus et a bénéficié d’une amnistie est devenu un acteur reconnu en Italie. C’est grâce à cette rencontre avec l’art qu’il s’est découvert.
Fabio Cavalli: Depuis dix ans que je travaille avec eux, sept ou huit détenus libérés travaillent dans le monde du spectacle. De plus, le fait que ce théâtre soit un théâtre public, avec de nombreux spectateurs venant de l’extérieur, parmi eux de nombreuses classes, fait que pour eux la prison n’est plus tout à fait fermée. La prison n’est ainsi plus un enfer, mais peut-être un purgatoire.

Propos recueillis par Malik Berkati

Cesare deve morire ; de Paolo et Vittorio Taviani ; avec Cosimo Rega, Salvatore Striano, Giovanni Arcuri, Antonio Frasca, Juan Dario Bonetti, Vittorio Parrella, Rosario Majorana, Voncenzo Gallo, Francesco De Masi, Gennaro Solito, Francesco Carusone, Fabio Rizzuto, Maurilio Giaffrada ; Italie ; 2012 ; 76 minutes

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Berlinale: citation du jour

Posted by mab février 09, 2012 No Comments »

Barbara Sukowa: « Quand vous êtes une actrice qui ne tourne plus, vous recevez beaucoup d’invitations à faire partie de toutes sortes de jurys. Si j’étais payée pour cela, je serais riche! »

Remarque faite en écho à la réponse de François Ozon expliquant que c’est la première fois qu’il fait partie d’un jury, car d’ordinaire, il n’a pas le temps.

recueilli par Malik Berkati, conférence de presse des membres du jury

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Film d’ouverture de la 62e Berlinale: Les Adieux à la Reine

Posted by mab février 09, 2012 No Comments »
Film d'ouverture de la 62e Berlinale: Les Adieux à la Reine

Les Adieux à la Reine

Benoît Jacquot à fait l’ouverture de la 62e Berlinale avec l’histoire romanesque – le scénario est basé sur le roman de même nom de Chantal Thomas (prix Fémina 2002) – des trois derniers jours de Marie-Antoinette et Louis XVI à Versailles.

Film historique inscrit dans la modernité

Le directeur du festival international de Berlin, Dieter Kosslick, a justifié le choix de ce film pour l’édition 2012 en le présentant en résonance aux événements qui secouent le monde aujourd’hui, allant des révoltes arabes aux mouvements d’indignés dans les pays occidentaux. Il aime également à faire remarquer que la projection de Les Adieux à la Reine correspond à deux jours près à la chute du président égyptien Hosni Moubarak. Si le spectre définit par Dieter Kosslick semble généreusement étendu, il est cependant vrai que la fin de règne de juillet 1789 fait étrangement écho aux fins de règnes des dirigeants arabes déposés pendant l’année 2011. Une réplique inspirée au moment de la panique qui commence à gagner la cour vient renforcer cette impression : « Attention, le peuple est une matière inflammable ». Benoît Jacquot voulait faire un film qui « parle le plus possible au spectateur d’aujourd’hui. Même si tout se passe dans un lointain passé, le fait de partir de l’intimité des gens, d’être au plus proche des choses quotidiennes permet cette proximité avec le spectateur ». Effectivement, le point de vue pris par le cinéaste, celui de la lectrice de la reine, jeune fille parfaitement anonyme et sans importance à la cour que celle d’avoir accès à la reine tous les jours, pouvant donc parfaitement jouer le fil rouge, le révélateur des émotions du personnage principal, Marie-Antoinette, et le vecteur explicatif des événements historiques, permet l’empathie temporelle. Malheureusement, cette perspective comporte une limite, et de taille : Sidonie, la jeune lectrice de la reine, perd au fil de l’histoire son identité propre pour ne plus être que l’instrument du réalisateur lui permettant de dérouler son film.
Concernant la correspondance avec les événements du monde, le cinéaste insiste sur le faite que « les fins de règnes se ressemblent : ceux qui ont le pouvoir s’y accrochent nécessairement comme s’ils ne pouvaient faire autrement, et ceci d’où qu’ils viennent. Les derniers jours de panique, de naufrage ont des traits communs. »

Benoît Jacquot, cinéaste qui aime filmer les femmes et surtout l’un des rares à leur donner des rôles de premier plan, a permis à Léa Seydoux de se révéler dans un grand rôle, à Diane Kruger de montrer enfin son jeu d’actrice après tous ses rôles dans de grandes productions trop souvent cantonnée au faire-valoir, à Virginie Ledoyen…d’être présente à nouveau à la Berlinale (The Beach – 2000, Huit Femmes – 2002) même si à chacune de ses apparitions dans le festival, à l’instar de sa carrière, son rôle s’amenuise. À ce propos, voilà ce que les actrices en disent :
Léa Seydoux : « Benoît tourne avec un amour tendre les femmes. »
Diane Kruger : « Il propose des rôles complexes aux femmes. Je me suis sentie accueillie. »
Virginie Ledoyen : « Il filme les femmes avec beaucoup de désir et d’envie».

Un film qui aura un certain succès public mais ne restera pas dans les annales du cinéma.

Malik Berkati

De Benoît Jacquot ; avec Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen, Noémie Lvovsky, Xavier Beauvois, Michel Robin ; France, Espagne ; 100 min.

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Un film suisse en compétition à la 62e Berlinale

Posted by mab janvier 31, 2012 No Comments »
Un film suisse en compétition à la 62e Berlinale

© Malik Berkati

Comme chaque année, j:mag offrira à ses lecteurs une couverture intensive du Festival International du Film de Berlin. Chaque jour vous trouverez sur notre version en ligne du magazine le film du jour sélectionné dans une section parallèle.
La 62e édition se tiendra du 9 au 19 février 2012 et, après de nombreuses années d’absence en compétition officielle, proposera le deuxième film de la réalisatrice suisse Ursula Meier – L’enfant d’en haut- dans la section reine du festival, face à dix-sept films concurrents.

Programme complet de la compétition officielle: Wettbewerb

Vous pouvez nous suivre aussi sur twitter. Comme les années précédentes, vous aurez l’occasion de poser des questions à des acteurs et réalisateurs que nous rencontrerons.

Malik Berkati