Berlinale 2020 – Compétition: DAU-Natasha – Jouer à la bouteille du totalitarisme

De toutes les décisions prises par le nouveau directeur Carlo Chatrian, nulle n’est aussi sujette à la controverse que celle de mettre DAU.Natasha, premier long-métrage tiré du controversé projet DAU, dans la Compétition de cette 70e Berlinale. La première du film, au septième jour de la Berlinale, a laissé beaucoup de spectateur choqués non seulement par les scènes sexuelles (terriblement explicites et non simulées), mais surtout par un viol au cours d’une scène d’interrogatoire conduite par un ancien agent du KGB.

Rappelons le projet : en 2007 DAU débuta comme ce que Khrzhanovskiy appelle “un film d’art et d’essai normal et compliqué”, racontant l’histoire du prix Nobel de physique russe Lev Landau (1908-1968), qui étudia sous la direction du physicien danois Niels Bohr. 
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Berlinale 2020 – Compétition : Rizi (Days) de Tsai Ming-Liang ou la géographie des solitudes

La solitude, c’est la ligne de basse de la cinématographie de Tsai Ming-Liang, cinéaste et artiste taïwanais né en Malaisie. Nous en parlions déjà ici, lors de la rétrospective que lui avait consacré à Berlin Arsenal – l’Institut allemand du film et de l’art de la vidéo en 2017.

Kang (l’acteur fétiche du réalisateur, l’acteur Lee Kang-Sheng) vit seul dans une grande maison. À travers une baie vitrée, il regarde la cime des arbres fouettée par le vent et la pluie. Il ressent une étrange douleur d’origine inconnue à peine supportable et irradie dans tout son corps. Non (Anong Houngheuangsy), lui, vit dans un petit appartement à Bangkok où il prépare méthodiquement des plats traditionnels de son village natal. Les deux hommes vivent dans la plus grande des solitudes, les rares interactions qu’ils ont avec leur environnement sont celles de leur quotidien. Mais un soir, une nuit, une vraie rencontre va se faire et leurs deux solitudes fusionner dans un interstice du temps à la foi fugace et infini.
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Berlinale 2020 – Panorama:  Cidade Pássaro (Shine Your Eyes), du réalisateur brésilien Matias Mariani

Cidade Pássaro (Shine Your Eyes)  dont la traduction littérale signifie ville aux oiseaux – commence comme un documentaire, filmant les rues et les immeubles d’une grande ville, les passants, les commerçants, les livreurs, les rues et les magasins de la ville qui s’animent en matinée. Le musicien Amadi  (Okechukwu Ukeje, connu sous le nom O. C. Ukeje) n’a plus eu de nouvelles de son frère aîné Ikenna Igbomaeze (Chukwudi Iwuji) depuis longtemps. Il voyage du Nigéria vers la métropole brésilienne de São Paulo, où Ikenna, doué pour les mathématiques, est censé travailler comme professeur dans un institut technologique – du moins, c’est ce qui est indiqué sur la page d’accueil de l’institut, Universidade Govenant chega a São Paulo: son portrait et son titre trônent aux côtés de celui de Miro Kuzko (Paulo Andre). Mais non seulement il n’y a aucune trace d’Ikenna, l’institut n’existe même pas. Avec le soutien de son oncle et de l’ex-amant d’Ikenna, et en possession des mystérieuses notes et calculs de son frère, Amadi part à la recherche de son frère.
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Berlinale 2020 – Generation 14plus : Pompei, d’Anna Falguères et John Shank, met en relief les rites de passage à l’âge adulte

Après une première mondiale lors la 44ème édition du Festival international du film de Toronto, où il a été présenté dans la section Discovery dédiée aux auteurs émergents, Pompei d’Anna Falguères et John Shank, fait sa première européenne au Festival de Berlin dans la section Generation 14+.

Deux adolescents filent à vive allure sur une moto, sans casques, sur des accords de guitare sèche. La séquence suivante nous montre un jeune garçon en train de s’observer dans un miroir dans une demeure aux volets clos, un lieu où l’on entend le chant des cigales : c’est l’été. La caméra nous dévoile un plan fixe sur des dunes; au loin résonnent des voix d’enfants. Un battant de porte claque au vent. Un homme s’arrête à la station-service qui semble abandonnée dans cette région désertique et écrasée de soleil. Il donne un billet à Taxou et lui demande le plein mais celui-ci le rudoie puis le menace. Victor et Taxou ont eu le temps d’apercevoir la passagère, une jeune fille mutique, au regard azur,  qui les observe.
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Berlinale 2020 – compétition : The Roads Not Taken de Sally Potter – 24 heures de la journée d’un homme perdu dans sa mémoire

Le dernier film de Sally Potter aborde un sujet qui tend à toucher de près ou de loin un large pan de notre société – celui des pathologies liées à la démence. Évidemment, dit ainsi, cela ne donne pas forcément l’envie de se précipiter dans une salle de cinéma voir ce film. Et pourtant, The Roads Not Taken est probablement l’un des films de fiction les plus justes et les plus sensibles sur la question, loin des comédies alambiquées qui alignent les situations les plus improbables les unes que les autres dans des caricatures souvent très fantaisistes, évacuant allègrement la multitude de problèmes quotidiens qui se posent aux malades et à leurs proches, ou des drames larmoyants aux abords héroïques (pour les malades ou les aidants). Sally Potter, comme à son habitude ne donne pas une clef à mettre dans la serrure d’une compréhension et appréhension uniques des choses, mais plutôt un trousseau avec lequel chacun.e peut y trouver une ouverture ou s’essayer à plusieurs réflexions.
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Berlinale 2020 – Compétition : Berlin Alexanderplatz de Burhan Qurbani – une plongée dans la noirceur de l’âme humaine et d’une société gangrénée

Il aura fallu sept de travail acharné à Burhan Qurbani pour achever son 3e long métrage après Shahada (2010) et Wir sind jung wir sind stark (2015). Il faut dire que s’attaquer à l’œuvre d’Alfred Döblin, qui plus est une œuvre adaptée pour la télévision par Fassbinder en 1980 – série qui avait été montrée en avant-première à la Mostra de Venise, chose qui pour l’époque relevait de l’exceptionnel – est en soi une entreprise périlleuse. Depuis l’annonce de la sélection du film en compétition, tout le monde attendait ce Berlin Alexanderplatz de 3 heures, revisité et actualisé. L’attente s’est avérée payante, malgré sa longueur et quelques inégalités de tensions dans le récit, le travail titanesque du cinéaste allemand a payé.
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Berlinale 2020 – Panorama Dokumente : Si c’était de l’amour, de Patric Chiha, sur le making-of de a pièce de danse de Gisèle Vienne «Crowd»

Si c’était de l’amour, de Patric Chiha, nous laisse croire inutilement que l’on assiste au making-of de la création d’un spectacle chorégraphique – Crowd, de Gisèle Vienne -, puis, progressivement, le film se déplace vers un portrait plus intime de ses interprètes.
Sans trop comprendre ce qui nous arrive et à notre corps défendant, on se lasse envahir par l’émotion, libre d’interpréter le film comme le spectacle avec nos propres outils de lecture, vu que Patric Chiha choisit délibérément de ne pas en faciliter la compréhension ni d’éclaircir le mystère de ce travail de création mais nous invite à pénétrer la scène et ses protagonistes dans leur évolution et leurs circonvolutions pour en explorer les abîme.
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Berlinale 2020 – Quote of The Day #6: réponse des frères Fabio & Damiano D’Innocenzo à une question sur le Coronavirus en Italie

En conférence de presse, une journaliste leur demande de faire un commentaire sur l’apparition du coronavirus en Italie et s’ils avaient peur – Très agacés ils décident tout de même de répondre: (…)

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Berlinale 2020 – Compétition : Never Rarely Sometimes Always d’Eliza Hittman, un film empoignant sur le droit à l’avortement

Eliza Hittman nous entraîne dans l’épopée qu’effectue Autumn (Sidney Flanigan), 17 ans, avec sa cousine Skylar (Talia Ryder) de leur petite ville de Pennsylvanie à New York pour pouvoir avorter.
Ce film est puissant et implacable dans les faits qu’il expose, sans jamais être démonstratif ou pédagogique. Eliza Hittman arrive à allier une rythmique poétique avec une précision crue des détails de certains actes médicaux et de ses suites. Étonnamment, il n’y a pas de colère ni de vindicte dans qui émerge de ce film, plutôt une émotion chevillée au cœur mais aussi à la raison : comment peut-on faire subir ce parcours de la combattante à toutes ces femmes confrontées à une grossesse non-désirée ? Pourquoi ces individus qui se revendiquent « pro-life » ne s’intéressent qu’à l’idée de la vie sans prendre en considération les vies de celles qu’ils veulent mettre sous tutelle de leur idéologie ?
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Berlinale 2020 – Compétition : Favolacce (Bad Tales) des frères Fabio & Damiano D’Innocenzo laisse un sentiment circonspect

Difficile de dire quelle est la nature et la qualité de cette coproduction italo-suisse. Elle laisse perplexe quant à ses intentions. Les frères D’Innocenzo veulent-ils nous dire quelque chose ou cherchent-ils simplement à jouer avec le spectateur ? À commencer par ce narrateur dont on ne sait pas qui il est vraiment, ni même s’il nous raconte son histoire ou une histoire pour nous faire peur.
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