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Zurich Film Festival

Cinéma / KinoCulture / Kultur

L’Agent secret (O Agente Secreto ) – la dictature comme bruit de fond. Rencontre avec Kleber Mendonça Filho

Brésil, 1977. Marcelo débarque à Recife au volant d’une Coccinelle jaune, en pleine effervescence du carnaval. Il cherche son fils, perdu de vue depuis des années. Mais derrière ces retrouvailles et la douceur du quartier, l’ombre du régime militaire s’étend. Avec L’Agent secret, Kleber Mendonça Filho signe un thriller politique atypique, récompensé à Cannes pour sa mise en scène : une méditation sur la mémoire, la peur héritée et l’oubli.
Film non pas « sur » la dictature mais « dans » la dictature, la répression imprègne chaque geste du quotidien sans jamais être nommée. Mendonça Filho filme le Brésil de Geisel comme un espace où la violence d’État circule à bas bruit, presque banalisée : un cadavre abandonné près d’une station-service, un racket policier de routine, des tueurs mandatés par un grand patron d’entreprise pour éliminer un opposant gênant.   (…)

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Cinéma / KinoCulture / Kultur

Les Voyages de Tereza (O Último Azul) de Gabriel Mascaro – Le coming-of-age des aîné·es : renaissance à 77 ans. Rencontre

Les Voyages de Tereza (O Último Azul), lauréat de l’Ours d’argent – Grand Prix du jury à la Berlinale 2025, est un film singulier, à la fois poétique et traversé par une ironie sociale mordante. Tereza (Denise Weinberg), 77 ans, vit et travaille dans une ville industrielle d’Amazonie. Un jour, elle reçoit une injonction gouvernementale l’obligeant à intégrer une maison de retraite. Officiellement destinée à « soulager » les jeunes de la gestion des aîné·es, cette mesure vise en réalité à accroître leur productivité en les affranchissant de toute charge familiale. Refusant d’être reléguée dans une colonie de fin de vie, Tereza se lance alors dans une odyssée à travers la jungle pour réaliser un rêve de jeunesse : voler en avion. (…)

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Cinéma / KinoCulture / Kultur

Des preuves d’amour d’Alice Douard – Entre filiation et reconnaissance, un premier long-métrage lumineux. Rencontre

Écran rouge. En lettres blanches apparaissent les résultats d’un vote de l’Assemblée nationale française : l’adoption de la loi du 17 mai 2013, qui ouvre le mariage civil aux couples de même sexe. Plus de 136 heures et 40 minutes de débats auront été nécessaires, témoignant de l’intensité des échanges et des résistances suscitées par un texte marquant un tournant sociétal en France. Pour son premier long-métrage, Alice Douard capte d’emblée notre attention : cette image rouge crée de la tension et nous fait rentrer immédiatement dans le vif du sujet. (…)

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Cinéma / KinoCulture / Kultur

Miroirs No. 3 de Christian Petzold – Éloge de la réparation. Rencontre

Après Undine (Ondine, 2020) et Roter Himmel (Ciel rouge, 2023) — deux films ayant pour actrice principale Paula Beer —, Christian Petzold achève sa trilogie avec Miroirs No. 3 de manière touchante et intime, mettant en scène avec légèreté la fragilité de la vie, le dépassement du désespoir et de la perte, malgré la douleur.  
Laura (Paula Beer), étudiante en piano, présentée comme suicidaire dans la première scène, survit comme par miracle à un grave accident de voiture sur une route de campagne isolée dans l’Uckermark, aux environs de Berlin. Physiquement indemne mais intérieurement bouleversée, elle est hébergée chez Betty (Barbara Auer), témoin de l’accident. Celle-ci l’accueille dans sa maison, où règne une atmosphère étrange, comme habitée de manière bienveillante par une présence évanescente. Dès le premier instant, une profonde affection unit les deux femmes. Laura se meut avec naturel dans cet environnement empreint du mystère de Betty, qu’elle ne cherche pas à percer. (…)

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Cinéma / KinoCulture / Kultur

ZFF 2024 – To Close Your Eyes and See Fire de Nicola von Leffern et Jakob Carl Sauer : Une fresque intime du Liban post-explosion à travers l’objectif du cinéma. Rencontre

Un long travelling capture l’horizon, à moitié éclairé par le jour naissant, à moitié voilé par une brume lointaine. Au fil du mouvement, la caméra longe le port pour se fixer sur l’abîme laissé par l’explosion, tandis qu’en voix off, une conversation téléphonique se fait entendre : Yasmine, bénévole dans un centre de soutien psychologique, écoute une femme partager ses angoisses. Ces peurs sont ravivées par le souvenir des instants traumatisants qui ont suivi l’explosion, dont elle a été témoin. Elle évoque des scènes poignantes : des personnes, des enfants cherchant leurs proches, des corps déchiquetés…  (…)

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Super/Man: L’histoire de Christopher Reeve de Ian Bonhôte et Peter Ettedgu – La collusion entre la fiction et la réalité ! Rencontre

L’histoire de Christopher Reeve est celle d’un acteur inconnu qui devient, du jour au lendemain, grâce à un rôle, une icône du cinéma. Sa performance en tant que Clark Kent/Superman est devenue une référence dans l’univers des super-héros et a établi une norme qui domine encore aujourd’hui dans les productions issues des franchises à Hollywood. Après le premier film en 1978, réalisé par Richard Donner, Reeve a incarné l’homme d’acier dans trois suites. Entre ces superproductions, il s’est tourné vers des films d’auteur et le théâtre, sans jamais retrouver le succès de Superman. En 1985, pour le film Anna Karénine de Simon Langton, aux côtés de Jacqueline Bisset, il apprend à monter à cheval, malgré une allergie qui l’oblige à prendre régulièrement des antihistaminiques. C’est ainsi que naît une passion pour l’équitation, qu’il partage avec Dana, la mère de son troisième enfant, Will. (…)

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L’Histoire de Souleymane de Boris Lojkine – Quarante-huit heures dans la vie d’un homme. Rencontre

Dix ans après son film Hope, qui racontait le périple d’un couple de migrant·es en route vers l’Europe, Boris Lojkine revient avec une nouvelle histoire migratoire, cette fois centrée sur l’arrivée à destination, au moment de déposer une demande d’asile.
Souleymane (Abou Sangaré) n’a plus que deux jours avant son entretien à l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), qui décidera du sort de sa demande. En attendant, il parcourt Paris à vélo pour livrer des repas, tout en répétant inlassablement l’histoire fabriquée pour lui par son compatriote guinéen Barry (Alpha Oumar Sow). En effet, la pauvreté et le manque de perspectives ne sont pas des motifs recevables pour obtenir l’asile. Comme beaucoup d’autres, Souleymane doit se présenter comme un opposant politique de l’UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée) ayant été emprisonné et torturé. Mais il peine à mémoriser son récit et, surtout, à rendre cette histoire crédible. Au fil de ses livraisons, slalomant dans le trafic parisien, il récite et récite encore ses lignes, devenant de plus en plus fébrile à l’approche de l’entretien décisif. (…)

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ZFF2022 – Blue Jean de Georgia Oakley illustre les effets d’une loi contre « la promotion de l’homosexualité » dans le Royaume-Uni des années 80. Tristement actuel !

Si l’histoire que nous raconte Georgia Oakley dans son premier film se situe à la fin des années huitante dans le Royaume-Uni de Thatcher, elle nous projette avec violence dans le présent sociétal mondial qui ne cesse de s’assombrir.
Nous sommes au nord de l’Angleterre en 1988. Jean (Rosy McEwen) est professeure d’éducation physique, motivée et respectée par ses élèves. Elle se voit cependant contrainte de vivre une double vie, car elle est lesbienne. Le pays s’enflamme suite au débat lancé par le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher sur une loi qui stigmatise la communauté homosexuelle et finit par être adoptée : la Section 28, qui ordonne aux écoles publiques britanniques de ne pas « promouvoir l’enseignement de l’acceptabilité de l’homosexualité en tant que prétendue relation familiale ». Une phrase sinistrement célèbre de la Première ministre britannique évoque ainsi sa position : « Les enfants qui ont besoin qu’on leur apprenne à respecter des valeurs traditionnelles apprennent qu’ils ont un droit inaliénable à être gays. On les trompe en les privant d’un bon départ dans la vie ». Londres mettra quinze ans à abroger cette loi ! Triste constat : le retour à ce fantasme de « la promotion de l’homosexualité » se propage dans les années 2020 jusque dans les pays que l’on dit développés. En Russie bien sûr, mais aussi la Hongrie, la Pologne, des tentatives également aux États-Unis, pas plus tard que ce dimanche avec la victoire aux élections législatives italiennes de Fratelli d’Italia, parti d’extrême-droite dont sa cheffe de file a précisément inscrit ce sujet à son programme… tous ces pays et/ou partis remettant également en cause, au passage, le droit à l’avortement… (…)

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Cinéma / KinoCulture / Kultur

ZFF2022 – Seire de  Kang Park : Une dépression post-partum au masculin horrifique

Pour son premier long métrage, Kang Park s’empare du cinéma de genre pour nous dépeindre la désorientation d’un père après la naissance de son fils, entre film fantastique et film d’horreur, dans un décor des plus naturalistes. Brillant !
Seire, c’est le terme qui désigne la période traditionnelle de 21 jours durant laquelle de jeunes parents doivent suivre certaines règles afin de ne pas apporter la malédiction sur leur famille et le nouveau-né. Dès la scène d’ouverture, Kang Park plonge son public dans le doute : toutes les pommes que le père coupe en deux et dont les intérieurs semblent tous marqués du rouge du pourrissement sont-elles réelles ? Le réalisateur coréen va prendre plaisir à constamment jouer avec les passages entre réalité – présente et passée –, hallucinations, rêves, ou plutôt cauchemars, la perte d’orientation de Woo-jin (Hyun-woo Seo) devenant ainsi rapidement la nôtre. (…)

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ZFF2022 – Die goldenen Jahre : Une comédie suisse qui met à mal les injonctions de vies conventionnelles

Comme nous le disions lors de la présentation du film suisse Last Dance à Locarno, la comédie est un des genres les plus difficiles à transformer en œuvre cinématographique réussie. Cette année semble être un bon cru pour les comédies suisses, Die goldene Jahre de Barbara Kulcsar en est un autre exemple. La cinéaste et sa scénariste Petra Volpe (Heidi, L’Ordre Divin) entament ces « années dorées » avec tous les clichés qui font craindre le pire : Peter (Stefan Kurt) vit son dernier jour de travail, lorsqu’il demande à la jeune femme qui le raccompagne à la sortie, il lui demande qui reprendra son bureau – « Personne, ce sera une pièce à serveurs ». (…) La suite de l’histoire va cependant s’ouvrir sur d’autres horizons, des réflexions profondes sur les projets de vie, les manières de les réaliser, les différentes configurations qui s’ouvrent à nous lorsque nous décidons de prendre des chemins de traverse. (…)

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