Il mio corpo, de Michele Pennetta : dans le Sud de l’Europe, les invisibles révélés par l’objectif poético-politique du cinéaste italien

l mio corpo s’ouvre sur le visage d’un jeune garçon qui somnole, le visage appuyé à une fenêtre de voiture. Les secousses du véhicule semblent bercer sa somnolence alors que la caméra élargit le plan pour s’arrêter sur le visage d’un deuxième adolescent. Puis la caméra suit la route poussiéreuse qui serpente; au loin chantent les cigales. Soudain, la camionnette brinquebalante s’arrête sur le bas-côté de la route et le conducteur se met à houspiller les deux adolescents afin qu’ils se dépêchent de se mettre au travail.
Sous le soleil éblouissant et écrasant de la Sicile, dans un paysage aride ponctué de quelques buissons clairsemés, Oscar (le premier visage que nous a dévoilé la caméra de Michele Pennetta), pré-adolescent au visage encore poupin et à la coiffure punk, passe ses journées à récupérer avec son frère aîné, Roberto, de la ferraille pour son père qui la vend. Oscar passe sa vie dans des déchèteries sauvages en bordure de route ou en bas des ponts du haut desquels le père crie des ordres et attend que les deux garçons attachent à une corde des objets à remonter. La caméra de Michele Pennetta suit lentement l’ascension verticale des objets récoltés comme pour rappeler à l’ordre cette soif de consommation et la confronter à sa responsabilité : là où la société ne voit que des rebus, d’autres y dénichent des trésors.
(…)

Lire la suite

FIFDH 2021 – Le Nouvel Évangile (Das neue Evangelium) du cinéaste suisse Milo Rau : un film politique sur Jésus qui entremêle récit biblique et révolte contemporaine

Le Bernois Milo Rau, metteur en  scène, auteur et depuis 2018  directeur artistique du théâtre  NTGent (Belgique), est un des artistes les plus iconoclastes de sa génération, n’ayant de cesse d’interpréter et réinterpréter les choses du monde à travers son travail artistique pour en sortir leur substantifique moelle. Il s’est fait entre autres, le spécialiste des tribunaux internationaux, qu’il décline au théâtre, dans des livres ou au cinéma comme ce spectaculaire Tribunal sur le Congo en 2017.
Le Nouvel Evangile selon Milo Rau, présenté à la Mostra de Venise 2020 dans les Giornate degli Autori, est un manifeste social et politique, mais surtout un retour à la mère des luttes : celle pour un monde plus juste et solidaire au chevet des plus faibles.
Nous sommes à Matera, en Italie du sud, qui avait déjà vu Pier Paolo Pasolini (L’Evangile selon saint Matthieu, 1963) et Mel Gibson (La Passion du Christ, 2003) tourner leurs films sur la vie de Jésus. En collaboration avec l’activiste politique Yvan Sagnet, il réalise un film au genre hybride, une fusion entre documentaire, reconstitution, fiction, action politique qui réunit imbrique le récit biblique dans la révolte désespérée.
(…)

Lire la suite

2020, l’année précipice !

Chère lectrice, cher lecteur de j:mag,
Une fois n’est pas coutume, l’édito de fin d’année sera cette année en deux parties, année exceptionnelle oblige !
Car, à moins de vivre dans une grotte –  on ne peut même pas dire en Antarctique puisque le nouveau coronavirus vient aussi d’y faire son apparition sur une base scientifique – la pandémie Covid-19 qui a frappé notre planète à chamboulé toutes nos vies, nos repères économiques, politiques et surtout sanitaires et, pour ce qui est le centre du système-monde, a été un stress test pour nos démocraties. En résumé, le bogue apocalyptique prédit au tournant du millénaire n’a pas eu lieu en l’an 2000 mais en 2020 !
(…)

Lire la suite

Oui à un pavillon suisse pour l’Aquarius !

L’Aquarius, le navire qui opère en Méditerranée depuis 2016 au sauvetage des migrants en détresse dans les eaux internationales (près de 30’000 personnes à date), vient de perdre pour la seconde fois son pavillon: en août 2018 Gibraltar qui lui ôtait son agrément; le 22 septembre 2018, sous pression du ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini, c’était au tour du Panama de lui retirer son pavillon alors que le bateau errait au large de Malte avec 58 rescapés (dont 17 femmes et 18 mineurs) sauvés au large de la Libye par le navire humanitaire. Ils ont finalement pu débarquer dimanche 30 septembre 2018 dans le port de La Valette, après presque une semaine d’attente au large de la petite île méditerranéenne – pour être “redistribués” dans 4 pays européens! Le bateau est à présent immobilisé à Marseille, son port d’attache, puisqu’il est impossible de naviguer sans pavillon.
(…)

Lire la suite

The list of the 34,361 men, women and children who perished trying to reach Europe since 1993

In recognition of World Refugee day, The Guardian, in collaboration with artist Banu Cennetoğlu, Chisenhale Gallery and Liverpool Biennial, is distributing the full UNITED ‘List of Deaths’ in its print and online edition.
Since 1993, UNITED for Intercultural Action has recorded the reported names, origins and causes of death for more than 34,000 refugees and migrants who have died whilst trying to get into Europe due to the restrictive policies of “Fortress Europe”. We reproduce the list below because refugees and migrants are not words but above all human beings: their first name, surname and the circumstances of their death never cease to remind us.
(…)

Lire la suite

Avignon OFF 2018: Mirad, un garçon de Bosnie, du dramaturge hollandais Ad de Bont – Rencontre avec le metteur en scène Christophe Laluque

Écrite durant la dernière guerre balkanique, au début des années 1990, la pièce a été montré une vingtaine de fois aux Pays Bas, en Allemagne et même à Oxford ou le très célèbre comédien britannique oscarisé Jeremy Irons a interprété le rôle d’oncle Djuka, un journaliste bosnien, exilé en France. Par la suite l’acteur a réalisé le téléfilm du même titre.

Après Grégoire Ingold, Sarah Maton, Stanislas Nordey, Gilles Lefeuvre et de nombreux autres metteurs en scène, Christophe Laluque directeur de L’Amin, le théâtre de Grigny (Essonne), a monté le drame du Néerlandais Ad de Bont Mirad un garçon de Bosnie au théâtre parisien Dunois au début du mois, en attendant l’avant-première avignonaise qui aura lieu le 19 juin au Théâtre Artéphile.

Traduit en plusieurs langues, le drame a été publié en France aux Éditions de l’Arche.
(…)
Mirad, un garçon de Bosnie sera présenté au théâtre Artéphile, situé au 7, rue du Bourg Neuf, du 6 au 29 juillet, tous les jours à 14h05, interprété par Serge Gaborieau (oncle Djuka), Chantal Lavalée (tante Fazila), Robin Francier (Mirad) et Céline Liger (sa mère Vérica).

Lire la suite

Cannes 2018 : « Capharnaüm », le dernier film de la réalisatrice Nadine Labaki en lice pour la Palme d’Or

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2018 et plonge les spectateurs dans les quartiers pauvres de Beyrouth.
Également actrice, très remarquée comme réalisatrice à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en 2007 avec Caramel, puis avec Et maintenant, on va où ? , prix du jury Œcuménique des mentions spéciales, à Cannes en 2011, la réalisatrice Nadine Labaki revient sur la Croisette avec Capharnaüm, un film qui révèle l’existence des marginaux, des oubliés, des parias de la société libanaise, en particulier des enfants à travers le personnage bouleversant et impressionnant de maturité de Zain.
(…)

Lire la suite

Selin Kavak : une comédienne met son art au profit de migrants pour les aider à surmonter les traumatismes traversés [audio auf Deutsch]

(…)
Évoluant dans un milieu artistique et alternatif, Selin Kavak est très attentive et sensibilisée par la situation des migrants tant dans son pays d’origine, pris d’assaut par les flots de migrants qui s’amassent en Turquie, bloqués par les fils de fer barbelés et les miradors aux frontières de l’Europe mais aussi par la situation des communautés émigrées en Allemagne. Selin Kavak a choisi de mettre son art et ses multiples talents au profit des migrants, en animant des ateliers, en particulier à l’attention d’adolescents … Des adolescents qui ont parcouru des milliers de kilomètres seuls, à une quinzaine d’années, des adolescents « oncles responsable de leur neveu d’une dizaine d’années. » Des situations dramatiques et des traumatismes terribles tus par ces jeunes migrants à cause des séismes vécus et de la barrière de la langue : Selin Kavak a choisi de les aider à exprimer, à travers l’art – la musique et la sculpture, par exemple – leur douleur, leur souffrance, leurs blessures. Rencontre en allemand.
(…)

Lire la suite

Entrevue avec Toni Gatlif pour la sortie allemande de Djam

(…)
Djam, c’est l’histoire d’une jeune fille libre et rebelle (Daphné Patakia), éprise de tout son corps et son âme de liberté, envoyée par son oncle Kakourgos (Simon Abkarian) pour trouver la pièce qui lui permettra de réparer leur bateau. Une fois en Turquie, Djam rencontre Avril (Maryne Cayon), une française de dix-neuf ans, désemparée, seule et qui a perdu tout son argent, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Elles vont faire le voyage vers Mytilène ensemble, sur un chemin – le même qu’empruntent les migrants – parsemé de rencontres, de partage, de brouilles et d’espoir. Un parcours initiatique musical qui nous fait découvrir une très belle musique, comme le sont souvent celles de l’exil, le Rebetiko.
(…)

Lire la suite

Entretien avec Tahar Houchi, directeur artistique du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG- 21 au 29 avril 2018)

La 13ème édition du Festival International du Film Oriental de Genève (FIFOG) aura lieu du 21 au 29 avril 2018 à Genève et ses communes (en tout, 25 lieux dans le canton). Une centaine de films de tous genres sera montrée, les projections seront accompagnées par soit des auteurs ou des spécialistes des questions abordées – plus de huitante invités sont attendus à Genève. Les principales thématiques sont la condition féminine, les mères célibataires, les Royingas, le radicalisme, le combat des femmes pour leur liberté, la jeunesse marginalisée, l’intégration, le racisme et les droits humains. Le grand débat du samedi sera consacré aux mères célibataires au Maroc et en Algérie, en présence de plusieurs invités dont des femmes en activité sur le terrain.
(…)

Lire la suite