Cannes 2021 – Retour à Reims [Fragments], essai-documentaire fracassant de Jean-Gabriel Périot à la Quinzaine des Réalisateurs, concourant à l’Œil d’Or

Le texte du sociologue français Didier Eribon, Retour à Reims (2009, éditions Fayard), qui mêle l’intime au collectif pour dresser un état des lieux de la société à travers le processus de disparition lente de la classe ouvrière et du mouvement de balancier des idéologies qui amène l’extrême-droite sur le devant de l’échiquier politique, a été un best-seller à sa sortie et a fait l’objet d’une adaptation théâtrale par le metteur en scène allemand, directeur artistique de la Schaubühne de Berlin, Thomas Ostermeier en 2017 avec Nina Hoss et 2019 avec Irène Jacob en narratrice. Dans l’adaptation cinématographique de Jean-Gabriel Périot, Adèle Haenel interprète le texte, offrant un rendu du texte tout en maîtrise, sans effets inutiles, chaque mot et chaque silence justes à la virgule, à la respiration près.
(…)

Lire la suite

Aube Dorée l’affaire de tous – Quelle résistance ? demande la réalisatrice de ce documentaire, Angélique Kourounis

(…)
Depuis ce premier volet, l’affaire personnelle est devenue l’affaire de toutes et tous ! La réalisatrice et son co-auteur Thomas Iacobi, plusieurs fois agressé par des nervis du parti lors du tournage, veut avec ce second volet rechercher les réponses à donner à Aube Dorée, mais aussi de manière plus large, à tous les partis d’extrême-droite qui s’installent confortablement sur la scène politique du continent européen. C’est pourquoi, dès les premières secondes d’Aube Dorée l’affaire de tous, on est en place : Jean-Marie Le Pen et sa fameuse phrase sur les chambres à gaz comme étant « un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale », le chef du parti nationaliste allemand AfD Alexander Gauland et sa non moins fameuse phrase évoquant l’ère nazie qui « n’est qu’une petite tache de merde d’oiseau dans plus de 1000 ans d’histoire », une interview de Nikólaos Michaloliákos, chef du parti Aube Dorée. En quelques secondes, Angélique Kourounis place un contexte et ces partis (que l’on peut aisément compléter avec d’autres partis et personnels politiques européens) dans une continuité, celle de l’idéologie nazie, qui permet au rhizome fasciste européen de continuer à s’étendre.
(…)

Lire la suite

FIFDH 2021 : Her Mothers (Anyáim története), des réalisatrices Asia Dér et Sári Haragonics, ou de la difficulté de l’homoparentalité dans la Hongrie de Viktor Orbán

Concourant dans la compétition de la 19ᵉ édition du Festival du film et forum international sur les droits humains, le deuxième film documentaire d’Asia Dér et premier de Sári Haragonics, Her Mothers (Anyáim története), a fait sa première mondiale à Hot Docs puis a concouru à Sarajevo et Minsk.  Her Mothers accompagne la vie quotidienne d’un couple de femmes, Virág et Nóra, qui se bat pour adopter une enfant rom dans la Hongrie de Viktor Orbán.
Le film commence avec un couple de femmes qui colle des photographies dans un album et s’interrogent sur le choix des images, leur disposition, les commentaires à y inscrire.     Alors que le climat politique hongrois se radicalise de plus en plus, Virág, anciennement politicienne écologiste et membre du Parlement, a perdu confiance dans le parlement démocratique hongrois et a choisi de se retirer de la politique. Sa partenaire Nóra, est bassiste dans un groupe de drum & bass dans la lignée de Kosheen. Elles décident d’adopter une fillette. Elles hésitent sur la méthode, interrogent leur entourage et passent en revue les arguments de chaque possibilité. Pourquoi ne pas demander au frère de Virág qu’il donne sa semence à Nóra ?
(…)

Lire la suite

2020, l’année précipice !

Chère lectrice, cher lecteur de j:mag,
Une fois n’est pas coutume, l’édito de fin d’année sera cette année en deux parties, année exceptionnelle oblige !
Car, à moins de vivre dans une grotte –  on ne peut même pas dire en Antarctique puisque le nouveau coronavirus vient aussi d’y faire son apparition sur une base scientifique – la pandémie Covid-19 qui a frappé notre planète à chamboulé toutes nos vies, nos repères économiques, politiques et surtout sanitaires et, pour ce qui est le centre du système-monde, a été un stress test pour nos démocraties. En résumé, le bogue apocalyptique prédit au tournant du millénaire n’a pas eu lieu en l’an 2000 mais en 2020 !
(…)

Lire la suite

Berlinale 2020 – Quote of The Day #4: Sara Silveira productrice du film brésilien en competition Todos os Mortos (All The Dead Ones)

Notre film est extrêmement pertinent aujourd’hui ! Cela est le fruit d’une créativité collective et nombre impressionnant de gens qui y ont participé directement ou indirectement ; plus de 700 personnes ont travaillé sur ce film. Nous avons un gouvernement d’extrême-droite qui s’en prend à la culture, aux arts, au cinéma et qui a des projets de censure. Ces gens vivent dans la pure ignorance qui ne comprennent bien évidemment pas l’importance de vivre dans la diversité mais qui ne voient même pas l’importance économique de l’industrie audio-visuelle. J’ai 69 ans et jamais, jamais, je ne cesserai de lutter contre ces individus !
(…)

Lire la suite

Après Aube dorée : une affaire personnelle, Angélique Kourounis tourne un second volet documentaire – Aube Dorée l’affaire de tous

Pendant plusieurs années, la journaliste, réalisatrice et autrice Angélique Kourounis en avait fait une affaire personnelle : déconstruire patiemment le système idéologique nazi et la machinerie opérationnelle du parti d’extrême-droite grec Aube Dorée, 3è force du pays depuis les élections européennes de 2014 et les élections législatives de 2015. Le fruit de ce travail a été un documentaire qui depuis sa sortie tourne dans toute l’Europe dans de nombreux festivals mais aussi beaucoup de salles de cinémas indépendantes où les projections ouvrent sur des débats avec la réalisatrice et des spécialistes de la question. En 2017 Angélique Kourounis avait accordé un entretien à j :mag la genèse de Aube dorée : une affaire personnelle.
(…)
C’est dans cette lourde atmosphère qui enveloppe l’Europe qu’Angélique Kourounis, ainsi que son équipe, propose de continuer son travail sous l’angle de la résistance à opposer à l’idéologie véhiculée par ce parti. Ce second long-métrage s’intitule donc bien à propos : Aube Dorée l’affaire de tous.
(…)

Lire la suite

Wintermärchen : un film émétique dans l’univers putride d’une cellule terroriste d’extrême-droite

Il y a des histoires qui claquent sur l’actualité! Wintermärchen, présenté au dernier festival de  Locarno en compétition, fait partie de ces films qui rencontrent à leur sortie les images qui passent en boucle sur les chaînes d’info en continue, en l’occurrence l’attentat terroriste d’un suprémaciste blanc australien à Christchurch en Nouvelle-Zélande contre deux mosquées qui a fait 50 victimes le 15 mars 2019.

Ce film n’a malheureusement rien d’une fable, même d’hiver, si ce n’est le titre. Dès les premières minutes, cette impression de malaise de se retrouver dans l’histoire qui a fait la Une des journaux en Allemagne depuis 2013 avec le procès de la NSU (Nationalsozialistischer Untergrund – Parti national-socialiste souterrain) à travers la femme du trio maléfique – les deux hommes s’étant suicidés – Beate Zschäpe pour des meurtres d’étrangers ou d’Allemands d’origine étrangère entre 2000 et 2007.
(…)

Lire la suite

Le libertarianisme: ce cheval de Troie de la votation No Billag du 4 mars 2018

4 mars 2018 : quelle journée !
Malgré d’importants enjeux européens, avec sur notre côté sud la grande coalition en Allemagne – acceptée par les membres du SPD à 66% et ouvrant enfin la voie à la formation d’un gouvernement après 6 mois de statut quo – et sur notre côté sud les élections en Italie qui ont vu la confirmation que les partis populistes n’ont pas que de bons jours en Mitteleuropa, notre petite votation appelée par son petit nom – NoBillag – , plus précisément l’initiative populaire « Oui à la suppression des redevances radio et télévision », a fait le tour des médias européens. Comme souvent, ce qui étonne à l’étranger, c’est autant le fait que le peuple soit souverain sur ce genre de questions, que le résultat du peuple souverain semble aller à l’encontre des intérêts individuels, ici que l’on accepte de payer une redevance !
(…)

Lire la suite

Berlinale 2018 – Quote of the Day #5: Erik Poppe réalisateur de Utøya 22. juli

Déjà citée dans l’article relatant la 5è journée de compétition, il n’est pas inutile de souligner et répéter cette assertion du cinéaste norvégien Erik Poppe, réalisateur de Utøya 22. juli:
(…)

Lire la suite

Berlinale 2018 – compétition jour #5: Utøya 22. juli / 3 Tage in Quiberon

À regarder le programme, il était clair qu’au premier film en compétition de la journée, personne n’allait s’endormir, même si la séance de 9 heures est habituée aux ronflements. Le titre, Utøya 22. juli, et déjà un frisson parcourt l’échine. Le second film, dans tout autre registre, faisait le portrait d’un instant de la vie de Romy Schneider, 3 jours à Quiberon, femme qui en termes de drames personnels était également bien servie. Dire que nous n’avons pas beaucoup eu l’occasion de faire jouer les muscles zygomatiques s’apparente à un euphémisme.
(…)

Lire la suite